Freetown a servi de cadre à une nouvelle étape du dialogue entre la CEDEAO et les trois pays de l’AES. Le point d’étape confirme une orientation claire des deux côtés. Aucune négociation ne se fera de manière isolée.
Un rapport présenté à Freetown
La 96e session ordinaire du Conseil des ministres de la CEDEAO s’est tenue le 16 juillet 2026 à Freetown. Lansana Kouyaté, négociateur en chef de l’organisation, y a présenté son rapport sur l’état des discussions avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger.
L’ancien premier ministre guinéen a été désigné à ce poste le 29 mars 2026. Sa mission consiste à faciliter le dialogue et à concilier les intérêts des différentes parties. En marge de cette session, il s’est également entretenu avec Julius Maada Bio, président de la Sierra Leone et président en exercice de la Conférence des chefs d’État de la CEDEAO.
Une feuille de route commune côté AES
De son côté, la Confédération de l’AES a franchi une étape structurante le 26 juin dernier. Elle s’est dotée d’un document cadre stratégique destiné à servir de référence commune lors des futures discussions avec la CEDEAO. Ce travail fait suite à un atelier organisé le 23 juin à Ouagadougou. L’atelier réunissant des experts du Mali, du Niger et du Burkina Faso.
L’ambassadeur malien Mahamane Maïga, chef de la délégation d’experts venus du Mali, a insisté sur la nécessité de disposer d’une feuille de route claire. Cette dernière doit permettre aux plus hautes autorités des trois pays de mener les négociations en toute souveraineté.
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Une seule voix pour les trois pays sahéliens
Ce document permettra à la Confédération de conduire les discussions avec la CEDEAO de manière unifiée. Les trois États entendent ainsi présenter un front commun,plutôt que de négocier chacun de leur côté leurs relations avec l’organisation ouest africaine.
Le secrétaire général du ministère malien des Affaires étrangères a précisé que la rencontre de Ouagadougou visait à identifier les principaux domaines de négociation. Elle doit aussi permettre d’évaluer l’impact des discussions sur la souveraineté et sur les populations de l’espace confédéral.
Un dialogue qui se poursuit depuis plusieurs mois
Cette séquence s’inscrit dans un processus entamé depuis le retrait officiel du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO, le 29 janvier 2025. Les trois pays avaient formé la Confédération de l’AES en juillet 2024.
Le 6 juillet dernier, à l’occasion du deuxième anniversaire de l’AES, le capitaine Ibrahim Traoré, président en exercice de la Confédération, avait réaffirmé la poursuite des consultations avec la CEDEAO. Une réunion informelle tenue à Lomé en mai 2026 avait déjà rassemblé les ministres des Affaires étrangères des trois pays sahéliens, le président de la Commission de la CEDEAO Omar Alieu Touray et Lansana Kouyaté lui même.

Des liens techniques jamais totalement rompus
Malgré le retrait institutionnel, certains canaux sont restés actifs entre les deux blocs. La CEDEAO a maintenu la participation des trois pays à la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO. Elle les a également admis comme membres non régionaux du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment en Afrique de l’Ouest.
Des enjeux concrets pour les populations
Les discussions engagées portent sur des sujets qui touchent directement le quotidien des populations ouest africaines. La libre circulation des personnes et des biens, la coopération sécuritaire et le maintien des acquis de l’intégration régionale figurent parmi les priorités évoquées lors des différentes rencontres.
La Côte d’Ivoire, pays frontalier du Burkina Faso et du Mali, suit avec une attention particulière l’évolution de ces négociations. Leur issue conditionne en effet la fluidité des échanges commerciaux et humains dans le nord ivoirien.
Un chemin encore long
Reste à savoir si ce rapport présenté à Freetown ouvrira des perspectives concrètes de rapprochement. Dans une région marquée par des lignes de fracture à la fois politiques, sécuritaires et identitaires, le chemin vers une réconciliation institutionnelle entre la CEDEAO et l’AES s’annonce encore long.
Les prochaines semaines devraient permettre de mesurer si cette approche collective, désormais actée des deux côtés, débouche sur des avancées tangibles ou si elle se heurte aux mêmes obstacles qui freinent le dialogue depuis le retrait des trois pays sahéliens.


