Face à la corruption qui persiste dans l’administration, le Gabon envisage une solution pour le moins inattendue. Les autorités réfléchissent à faire prêter serment aux hauts fonctionnaires sur un rite traditionnel redouté.
Le président Brice Clotaire Oligui Nguema serait à l’origine de cette réflexion, qui suscite déjà de vifs débats au sein de l’opinion gabonaise.
Le constat d’un échec des serments classiques
Dans la plupart des États modernes, la prise de fonction des ministres et des hauts responsables de l’administration s’accompagne traditionnellement d’un serment prêté sur la Constitution, la Bible ou le Coran.
Mais au Gabon, ce type d’engagement formel n’a visiblement pas suffi à freiner la mauvaise gestion des deniers publics. Plusieurs scandales de détournements ont récemment éclaboussé l’administration gabonaise, notamment au ministère de l’Éducation nationale, où un système présumé de détournement de fonds publics aurait prospéré pendant plus d’une décennie.
Pour de nombreux observateurs, ce constat est sans appel. La crainte d’un jugement divin différé ne suffit plus à dissuader ceux qui s’adonnent au détournement des fonds publics. C’est dans ce contexte que l’idée d’associer les traditions ancestrales aux institutions républicaines gagne du terrain à Libreville.
Le Ndjobi, un rite redouté pour sa rigueur
Le Ndjobi est un rite d’alliance et de justice coutumière profondément ancré dans le patrimoine culturel gabonais. Il est réputé pour sa capacité à sanctionner sans délai le parjure, le mensonge et la trahison de la parole donnée.
L’idée avancée par les autorités consisterait donc à faire prêter serment aux hauts fonctionnaires et dirigeants gabonais sur ce symbole traditionnel, en complément ou en remplacement des serments classiques déjà en vigueur.
Cette proposition s’appuie sur un principe simple. Contrairement à une sanction judiciaire ou divine jugée lointaine, la crainte des conséquences immédiates attribuées au Ndjobi pourrait constituer une dissuasion plus concrète face à la tentation de l’enrichissement illicite.

Une réflexion qui dépasse les frontières du Gabon
Cette initiative gabonaise soulève une question qui intéresse potentiellement l’ensemble du continent africain. Et si la lutte contre la corruption passait aussi par la réappropriation des mécanismes traditionnels d’intégrité ?
Bien que la plupart des États africains soient bâtis sur des modèles juridiques hérités de l’époque coloniale, la force dissuasive des coutumes locales reste, elle, profondément ancrée dans l’imaginaire collectif des populations.
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Selon les défenseurs de cette approche, étendre le principe du serment sur des symboles ou des rites traditionnels locaux pourrait offrir plusieurs avantages. D’abord, renforcer la responsabilité morale, en imposant un engagement sacré devant les communautés et les ancêtres, là où la loi républicaine est parfois plus facilement contournée. Ensuite, créer une dissuasion réelle, en s’appuyant sur la crainte de sanctions coutumières perçues comme immédiates. Enfin, réconcilier modernité et tradition, en mettant les valeurs morales locales au service de la transparence et du développement économique du pays.
Des défis juridiques encore à surmonter
Si l’idée séduit une partie de l’opinion, son application concrète soulève toutefois d’importants défis juridiques et constitutionnels. Intégrer un rite coutumier local dans le fonctionnement de la haute administration d’un État moderne ne va pas de soi, et devra sans doute être encadré avec précaution.
Cette réflexion s’inscrit plus largement dans la volonté affichée par les autorités gabonaises de durcir la lutte contre l’enrichissement illicite. Le pays travaille également, depuis le début de l’année, à la création d’une Agence nationale de gestion des avoirs illicites, destinée à améliorer la traçabilité, la saisie et la gestion des fonds détournés.
Reste à savoir si cette proposition autour du Ndjobi dépassera le simple stade du débat pour devenir une mesure concrète. Une chose est certaine, elle illustre la recherche de nouvelles pistes, parfois inattendues, pour tenter de répondre à un fléau qui continue de peser lourdement sur la gestion des ressources publiques au Gabon.


