Les Jeux olympiques de la jeunesse s’ouvrent ce samedi 31 octobre à Dakar. Pour le président Bassirou Diomaye Faye, l’enjeu dépasse les stades et touche à l’image du Sénégal et à ses alliances.
Le Sénégal vit un moment rare. Les Jeux olympiques de la jeunesse, appelés JOJ, se dérouleront jusqu’au 13 novembre à Dakar, à Diamniadio et à Saly. Environ 2 700 athlètes sont attendus. La cérémonie d’ouverture a lieu ce samedi soir au stade Abdoulaye Wade de Diamniadio. La présidente du Comité international olympique, Kirsty Coventry, y sera présente, tout comme plusieurs chefs d’État. Selon la presse locale, c’est le premier événement olympique organisé sur le sol africain.
Des chefs d’État reçus avant le coup d’envoi
Depuis vendredi, le président Faye multiplie les accueils à l’aéroport. Il a reçu ses homologues de la Sierra Leone, Julius Maada Bio, et de la Mauritanie, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Le président de la Guinée-Bissau, le général Horta Nta, est arrivé samedi matin. Tous participent au Sommet Sport et Développement, avant d’assister à la cérémonie.
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Ce sommet n’est pas un simple décor. Il s’agit de la deuxième édition de cette rencontre, organisée les 30 et 31 octobre sous le thème de l’élan olympique transformé en héritage durable. Elle réunit des chefs d’État, des dirigeants du sport mondial, mais aussi des investisseurs, des institutions financières et des entreprises. La première édition s’était tenue à Paris en juillet 2025, avec plus de 500 participants dont 55 chefs d’État et de gouvernement, d’après l’Agence française de développement.
Pour la Présidence sénégalaise, la venue de ces dirigeants montre la place que le pays occupe dans le concert africain. Le message est clair. Quand un président réunit autour d’une même table des voisins, des bailleurs et des patrons, il fait du sport un sujet de diplomatie.
Une stratégie qui ne date pas d’hier
Le chemin a été préparé de longue date. En septembre 2025, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, Bassirou Diomaye Faye avait déjà rencontré la présidente du CIO et la vice-présidente de la Colombie, Francia Márquez. Les échanges portaient sur l’organisation des JOJ et sur le rôle du sport dans le développement durable.
Le président a ensuite continué à installer les Jeux dans l’esprit des Sénégalais. Fin octobre 2025, il a dévoilé la mascotte Ayo, un lion coiffé d’un bonnet. En septembre 2026, il a reçu la flamme olympique, un geste que la presse a présenté comme un symbole diplomatique. Entre-temps, un forum consacré à la diplomatie sportive a rappelé, en juillet, le rôle du sport dans l’intégration entre les pays de la CEDEAO.

Dans un entretien accordé au quotidien Le Soleil, le chef de l’État résume ses attentes en trois idées. Il veut faire rayonner le pays à l’international. Il veut bâtir une vraie économie du sport. Il veut aussi changer le regard porté sur l’Afrique au sein du mouvement olympique. Sur le plan financier, la France reste un partenaire de poids. L’Agence française de développement indique avoir accordé un nouveau prêt de 20 millions d’euros à l’État sénégalais, ce qui porte son soutien à 80 millions d’euros.
Ce que le Sénégal veut vraiment gagner
Pour comprendre cette stratégie, il faut parler de soft power. Cette expression désigne la capacité d’un pays à se faire apprécier et écouter par l’attrait, plutôt que par la force ou l’argent. Les grands événements sportifs en sont l’un des meilleurs outils. La Coupe du monde 2010 a donné à l’Afrique du Sud une visibilité mondiale. Le Mondial 2022 a joué le même rôle pour le Qatar.
Les JOJ ont une particularité. Créés en 2010, ils s’adressent aux jeunes de 15 à 18 ans et coûtent bien moins cher que les Jeux olympiques classiques. Cela en fait un terrain d’essai réaliste pour un pays africain. Dakar devait d’ailleurs les accueillir en 2022, avant un report à 2026 à cause de la pandémie. Ce délai a laissé le temps de construire et de convaincre.
Reste la vraie question, celle de l’après. Le président Faye répète qu’il veut un héritage utile aux populations, avec des équipements sportifs de proximité répartis sur tout le territoire. Il a aussi insisté sur l’insertion des jeunes volontaires mobilisés pendant les Jeux. C’est là que se jouera le succès réel de l’opération. Un stade plein pendant deux semaines impressionne. Des emplois, des terrains accessibles et des clubs actifs dans dix ans changent des vies.
Sur le plan sportif, le Sénégal présente la plus grande délégation de son histoire olympique. Sur le plan diplomatique, il joue une partie encore plus large. Si les Jeux se passent bien, Dakar pourra défendre l’idée qu’un pays africain sait organiser un événement olympique et attirer des investisseurs. Si les promesses d’héritage se concrétisent, le pari de Bassirou Diomaye Faye aura dépassé le cadre du sport.


