Vingt-deux responsables de la région de Siguiri viennent d’être radiés par décret présidentiel. Les autorités leur reprochent d’avoir laissé prospérer l’orpaillage illégal sur leur territoire.
Une sanction qui tombe quatre jours après la suspension
Tout est allé très vite. Le vendredi 30 octobre 2026, la ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, Djénabou Touré, suspend 22 responsables de la région de Siguiri. La liste est lourde. Elle comprend le préfet de Siguiri, qui assurait aussi l’intérim à la tête de la région, quatre préfets par intérim et dix-sept sous-préfets.
Le mardi 3 novembre, le chef de l’État, le général Mamadi Doumbouya, va plus loin. Un décret lu à la télévision nationale prononce la radiation des 22 administrateurs. Ils sont donc exclus à la fois de la fonction publique et des forces de défense et de sécurité. Le détail a son importance, car beaucoup portent un grade militaire ou policier, du sous-lieutenant jusqu’au colonel.
Le texte prend effet dès sa signature. Six ministères sont chargés de l’appliquer, dont ceux de l’Administration du territoire, de la Défense, de la Sécurité et de la Justice. La présence de la Justice dans cette liste peut laisser penser que des suites judiciaires ne sont pas exclues, même si le décret ne le dit pas clairement.
Pendant la suspension, la gestion des affaires courantes avait été confiée aux secrétaires généraux et aux sous-préfets adjoints. L’idée était simple. Le service public ne devait pas s’arrêter.
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Ce que les autorités leur reprochent
Selon le décret, ces responsables auraient favorisé l’orpaillage illégal, ainsi que l’exploitation artisanale et semi-artisanale de l’or. Le texte évoque aussi la dégradation de l’environnement. Il parle de terres cultivables détruites, de cours d’eau abîmés, de ressources en poissons touchées, et d’atteintes à la faune et à la flore. Les faits sont présentés comme avérés.
En clair, on reproche à ces représentants de l’État de ne pas avoir protégé le territoire qu’ils administraient. Un préfet ou un sous-préfet est le garant de la loi sur le terrain. S’il laisse faire, ou s’il y trouve un intérêt, il engage sa responsabilité. C’est le raisonnement que suivent les autorités guinéennes dans cette affaire.
Il faut toutefois rester prudent. Ces reproches sont ceux de l’État. Les personnes concernées n’ont pas été jugées à ce stade. La radiation est une sanction administrative. Elle ne remplace pas un procès.

Un dossier qui ne date pas d’hier
Pour comprendre cette fermeté, il faut regarder Siguiri de plus près. Cette zone de la Haute-Guinée est l’une des grandes régions aurifères du pays. L’or y attire des milliers de chercheurs, des machines lourdes et beaucoup d’argent liquide. L’orpaillage fait vivre des familles entières. Mais il laisse aussi derrière lui des sols retournés, des rivières troublées et des champs perdus pour l’agriculture.
Le 13 mars 2026, le gouvernement avait pourtant interdit l’exploitation minière artisanale à l’aide d’engins lourds, ces fameux « poclains ». Selon la presse guinéenne, la pratique a continué à grande échelle dans la préfecture de Siguiri. En juin dernier, le parquet spécial de la CRIEF, la Cour chargée des infractions économiques et financières, avait déjà annoncé des poursuites. Elles visaient un ancien préfet, plusieurs sous-préfets et plus de 130 cadres techniques.
La radiation du 3 novembre apparaît donc comme une nouvelle étape, après les poursuites de juin. Elle vise cette fois les autorités en poste dans la région.
Ce n’est pas la première fois que des sous-préfets de cette zone sont écartés. En décembre 2022, six sous-préfets de Siguiri et de Mandiana avaient déjà été limogés par arrêté ministériel. Les raisons étaient alors différentes, mais le message était le même. Le pouvoir entend garder la main sur son administration territoriale.
Ce que cela change pour la suite
Ce coup de balai envoie un signal à tous les administrateurs du pays. Dans les zones minières, la tentation est grande. L’argent circule vite, les contrôles sont rares et les pressions sont fortes. Le pouvoir fait comprendre qu’un représentant de l’État qui ferme les yeux peut tout perdre, son poste, son grade et sa retraite.
Reste la vraie question, celle du terrain. Radier des responsables ne suffit pas à arrêter les machines. Pour que la mesure ait un effet durable, il faudra des contrôles réguliers, des sanctions contre les exploitants et des solutions pour les orpailleurs qui vivent de ce métier. Il faudra aussi restaurer les terres et les rivières abîmées.
Les prochaines semaines diront si Siguiri entre dans une nouvelle phase, ou si l’on assiste seulement à un remaniement de plus. Pour les habitants, ce sont les champs, l’eau et la sécurité qui comptent avant tout. C’est à cela que l’on jugera l’efficacité de cette décision.


