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Force régionale, rapprochement avec l’AES : Que prépare réellement la CEDEAO ?

Officiellement, ce sommet ne devait renouveler que des instances. En réalité, il fixe la trajectoire de toute une organisation pour les cinq prochaines années. Deux dossiers dominent les débats, entre menace sécuritaire et fracture régionale.

Une douzaine de dirigeants réunis à Lungi

Ce dimanche 19 juillet, une douzaine de chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest se sont retrouvés à Lungi, près de Freetown, en Sierra Leone.

Cette rencontre au sommet, présentée comme une étape décisive dans la redéfinition du rôle de l’organisation, intervient après une semaine de réunions préparatoires.Le contexte est particulièrement tendu. Face à des défis sécuritaires persistants, des tensions politiques internes et des interrogations sur l’avenir même de l’intégration régionale, la CEDEAO cherche à réaffirmer sa pertinence.

Une force capable d’imposer la paix

La sécurité arrive en tête des priorités. Face à la progression des groupes armés dans plusieurs pays de la région, les chefs d’État ont discuté du renforcement de la coopération sécuritaire commune.

Parmi les pistes évoquées figure la création d’une force de la CEDEAO capable non seulement de maintenir la paix, mais aussi de l’imposer lorsque les crises l’exigent.Cette ambition marque un changement de posture pour l’organisation régionale, jusqu’ici davantage tournée vers la médiation diplomatique que vers l’intervention directe.

Lire aussi :Union diplomatique entre CEDEAO et AES

Le climat sécuritaire dégradé dans plusieurs pays côtiers, désormais eux mêmes touchés par les groupes armés jadis cantonnés au Sahel, explique cette évolution.

Vers un dégel avec l’AES ?

Le second dossier majeur concerne les relations avec l’Alliance des États du Sahel, qui regroupe le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Ces trois pays ont quitté la CEDEAO, et les dirigeants présents à Lungi devaient réfléchir aux moyens de renouer le dialogue avec eux.

Cette stratégie de rapprochement devait être présentée par le président de la Sierra Leone, actuel président en exercice de la CEDEAO. Un signe de l’importance accordée à ce dossier au sommet de l’agenda régional.

Un négociateur en chef à l’œuvre depuis mars

Ce travail de rapprochement s’appuie sur une médiation engagée depuis plusieurs mois. Le diplomate guinéen Lansana Kouyaté a été désigné négociateur en chef de la CEDEAO le 25 mars 2026, après plusieurs tentatives de médiation restées infructueuses.

Le 16 juillet, à l’occasion de la 96e session ordinaire du Conseil des ministres, il a présenté son rapport sur l’état des négociations entre la CEDEAO et l’AES. Ce rapport a servi de base aux discussions menées lors du sommet des chefs d’État. Reste à savoir si ce travail ouvre de véritables perspectives concrètes.

Dans une région où les lignes de fracture sont à la fois politiques, sécuritaires et identitaires, le chemin vers une réconciliation institutionnelle s’annonce encore long.

Un changement de commission en vue

Le sommet devait également trancher l’élection du nouveau président de la Commission de la CEDEAO. Le général sénégalais Birame Diop, ancien ministre des Forces armées, apparaissait comme le grand favori pour succéder à l’actuel titulaire du poste, Omar Alieu Touray.

Cette nomination avait déjà été actée lors de la 68e session tenue à Abuja en décembre 2025. Le Sénégal, qui détient également la présidence tournante de l’organisation, pourrait ainsi cumuler la direction politique et exécutive de la CEDEAO. Une situation inédite pour l’organisation régionale.

La monnaie unique toujours en suspens

Sur le plan économique, le projet de monnaie unique Eco, régulièrement reporté ces dernières années, devait une nouvelle fois faire l’objet de discussions. Les États membres sont attendus sur des engagements plus concrets en faveur de l’intégration économique régionale.

Un test de crédibilité pour l’organisation

Au delà des annonces officielles, ce sommet représente un véritable test pour la CEDEAO. L’organisation doit démontrer sa capacité à répondre à une insécurité grandissante, tout en gérant l’épineuse question de ses relations avec les pays sahéliens qui l’ont quittée.

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