Le Niger a choisi de rompre définitivement le silence sur les événements survenus fin août à Niamey. Le gouvernement pointe désormais directement du doigt la France, quelques jours après une tentative de mutinerie qui a secoué la capitale.
Cette accusation a été formulée ce vendredi 4 septembre, lors d’un communiqué lu à l’issue du Conseil des ministres présidé par le général Abdourahamane Tiani.
Un « réseau de connivence » mené par Paris selon Niamey
Dans ce communiqué, lu par le ministre directeur de cabinet du président, Soumana Boubacar, les autorités nigériennes affirment que les événements survenus dans la nuit du 28 au 29 août, notamment à la base aérienne 101 de Niamey, présentaient des ramifications internationales.
Le gouvernement nigérien va plus loin en désignant directement un responsable. Selon les termes du communiqué, cette opération aurait été incitée et entretenue par un vaste réseau de connivence, placé sous la direction du pouvoir français d’Emmanuel Macron.
Cette accusation formalise la position du Niger sur cette crise, sans toutefois citer nommément d’autres pays pourtant évoqués les jours précédents, comme le Tchad, le Bénin ou la Côte d’Ivoire. Un officier nigérien avait en effet affirmé, dans un témoignage diffusé à la télévision publique, avoir eu connaissance d’une intervention préparée depuis le territoire tchadien, en soutien aux militaires impliqués dans les affrontements, évoquant même une possible implication de forces spéciales françaises. Ces affirmations n’ont toutefois été accompagnées d’aucune preuve vérifiable de façon indépendante.
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Le président tchadien Mahamat Idriss Deby Itno avait réagi à ces accusations de façon indirecte, en publiant un verset du Coran appelant à ne pas mêler le faux à la vérité, un message largement interprété comme une réponse aux soupçons formulés à l’encontre de son pays.
Des remerciements adressés à la Russie et à l’Alliance du Sahel
Si la France se retrouve directement visée, d’autres partenaires du Niger reçoivent au contraire les remerciements officiels du gouvernement nigérien. Les autorités ont ainsi salué la solidarité manifestée par les pays membres de l’Alliance des États du Sahel, qui regroupe le Niger, le Mali et le Burkina Faso, ainsi que par l’Algérie et la Fédération de Russie.
Cette distinction entre alliés soutenus et adversaires désignés illustre la recomposition profonde des alliances du Niger depuis le coup d’État de juillet 2023, qui a porté le général Tiani au pouvoir. Depuis cette date, les relations entre Niamey et Paris n’ont cessé de se détériorer, sur fond de rupture des accords de coopération militaire et de retrait des troupes françaises du territoire nigérien.

Une mutinerie aux origines encore floues
Les événements à l’origine de cette nouvelle passe d’armes diplomatique se sont déroulés dans la nuit du 28 au 29 août. Des militaires nigériens, décrits comme en rupture avec leur hiérarchie, avaient alors ouvert le feu près de plusieurs sites sensibles de la capitale, dont l’aéroport international et les abords du palais présidentiel.
Les forces loyalistes, emmenées par la garde présidentielle, avaient fini par reprendre le contrôle de la situation après plusieurs heures de tension. Les autorités avaient par la suite dévoilé un arsenal impressionnant récupéré sur place, comprenant plusieurs centaines d’armes ainsi que de nombreux véhicules.
Ce nouvel épisode s’inscrit dans un climat de méfiance devenu chronique entre le Niger et son ancienne puissance coloniale. Depuis 2023, plusieurs incidents similaires ont déjà donné lieu à des accusations de Niamey envers Paris, notamment après une précédente attaque visant l’aéroport de la capitale en janvier dernier, pour laquelle la France, le Bénin et la Côte d’Ivoire avaient déjà été mis en cause sans preuve rendue publique.
Pour l’heure, la France n’a pas réagi officiellement à ces nouvelles accusations. Ce silence, couplé à l’absence de preuves concrètes avancées par Niamey, laisse planer une incertitude durable sur la réalité des soutiens extérieurs évoqués dans cette affaire, tout en confirmant la dégradation persistante des relations entre les deux pays.


