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Sénégal : Trois créateurs TikTok arrêtés, les détails

Un tribunal de Dakar a condamné trois créateurs de contenu TikTok à des peines de prison ferme pour des publications jugées insultantes envers le président Bassirou Diomaye Faye. Cette décision, rendue au début du mois d’août 2026, relance un débat sensible sur les limites de la liberté d’expression en ligne au Sénégal.

Que s’est-il passé ?

L’affaire trouve son origine dans une vidéo tournée lors du Magal de Mbacké Bari, un grand rassemblement religieux sénégalais, et diffusée par la suite sur TikTok. Les propos tenus dans cette vidéo ont été jugés offensants envers le chef de l’État par le parquet, qui a ouvert une enquête via la Division spéciale de cybersécurité (DSC).

Trois hommes, tous liés à la plateforme de contenu Feenal Digital, ont été jugés puis condamnés à Dakar. Le sort le plus lourd a été réservé à Mandoumbe Diop, connu en ligne sous le pseudonyme de Lamignou Darou. Fort de plus de 500 000 abonnés sur TikTok et de vidéos cumulant régulièrement des dizaines de milliers de vues, il a écopé de trois mois de prison ferme, la peine la plus sévère du trio.

Ses deux coaccusés, Magueye Diaw (alias Oustaz Thiep) et Moustapha Ndiaye (alias Ndiaye Touba), ont chacun été condamnés à deux mois de prison sans sursis, assortis d’une amende d’environ 500 000 francs CFA, soit près de 800 dollars.

Lire aussi :Sénégal : Bassirou Diomaye Faye limoge Ousmane Sonko

La défense invoque l’humour

L’avocat des trois créateurs, Abdy Nar Ndiaye, a plaidé que leurs propos relevaient du registre humoristique et satirique, et non d’une réelle intention d’insulter le président. Selon lui, du contenu à visée comique ne devrait pas justifier de poursuites pénales aussi lourdes. Cet argument n’a toutefois pas convaincu les juges, qui ont retenu les faits d’outrage.

Un contexte politique tendu

Cette condamnation intervient à un moment particulièrement sensible pour le pouvoir sénégalais. Plusieurs observateurs notent que Feenal Digital, la plateforme à laquelle sont liés les trois créateurs, est perçue par certains comme favorable à l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko, désormais en délicatesse avec le président Faye.

Les deux hommes, autrefois alliés proches et figures centrales de l’ascension du mouvement politique PASTEF, ont vu leur relation se dégrader publiquement ces derniers mois. Faye a par ailleurs récemment annoncé la création de son propre parti politique, ce qui a accentué la fracture entre les deux camps. Cette affaire judiciaire s’inscrit donc, pour de nombreux analystes, dans un climat de tensions internes au sein de l’ancienne coalition au pouvoir.

Une décision qui suscite la controverse

La condamnation a immédiatement suscité de vives réactions. Des défenseurs de la liberté d’expression et plusieurs organisations de la société civile s’inquiètent de voir des poursuites pénales viser des contenus satiriques diffusés sur les réseaux sociaux. Pour ces voix critiques, une telle sévérité judiciaire pourrait fragiliser la réputation du Sénégal, souvent cité comme l’une des démocraties les plus solides d’Afrique de l’Ouest.

D’autres observateurs y voient au contraire un rappel nécessaire des limites légales encadrant la parole publique, y compris sur les plateformes numériques, face à la multiplication des contenus jugés diffamatoires ou irrespectueux envers les institutions.

Pour l’heure, ni le gouvernement sénégalais ni les responsables de Feenal Digital n’ont communiqué de réaction officielle détaillée sur cette affaire, qui continue toutefois d’alimenter les discussions sur les réseaux sociaux et dans la presse locale et internationale.

Ce qu’il faut retenir

Cette affaire illustre la tension croissante entre la liberté d’expression sur les réseaux sociaux et le cadre légal sénégalais relatif à l’outrage au chef de l’État. Elle s’inscrit également dans un contexte politique national instable, marqué par la rupture entre le président Faye et son ancien allié Ousmane Sonko. Le dossier pourrait faire l’objet d’un appel de la part de la défense, qui continue de dénoncer une décision jugée disproportionnée au regard de la nature humoristique revendiquée des publications incriminées.

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