Rejeté deux fois en commission, le budget rectificatif 2026 du Sénégal ne trouve toujours pas de majorité à l’Assemblée nationale. Derrière ce blocage se joue un bras de fer entre le gouvernement et le parti Pastef, avec le FMI qui observe de près.
Un texte rejeté deux fois en commission
Une loi de finances rectificative sert à corriger le budget d’une année en cours. Les recettes prévues ne sont pas toujours à l’appel. Les dépenses non plus. L’État doit alors réajuster ses comptes, et le Parlement doit donner son accord.
Au Sénégal, cet accord se fait attendre. Le 23 octobre, la commission des Finances a rejeté le projet du gouvernement. Le 27 octobre, le ministre de l’Économie et des Finances, Cheikh Diba, a demandé le renvoi du texte en commission. Il s’appuyait sur l’article 84 du règlement intérieur de l’Assemblée. L’idée était de gagner du temps pour discuter avec les députés.
Le vendredi 30 octobre, le résultat a été le même. La commission a de nouveau rejeté le texte à la majorité. Selon la presse, une séance plénière est attendue ce mardi. Le texte risque d’y connaître un troisième échec.
Pour bien comprendre, il faut regarder le rapport de forces. Pastef détient 130 des 165 sièges de l’Assemblée, selon la presse sénégalaise. Son leader, Ousmane Sonko, préside l’Assemblée nationale. Il est engagé dans une querelle de longue date avec le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, son ancien allié. Sans les voix de Pastef, le gouvernement du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô ne peut pas faire passer son texte. C’est ce qui rend ce dossier si particulier.
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Ce que reproche Pastef au gouvernement
Dans un communiqué publié le 23 octobre, le groupe parlementaire a posé cinq conditions. Elles touchent à la protection des investissements publics, au pouvoir d’achat, à la transparence des finances et à la baisse des dépenses de fonctionnement de l’État.
Les députés s’inquiètent des coupes prévues dans la santé, l’éducation, l’hydraulique et les infrastructures. Ils demandent aussi des garanties sur les subventions à l’énergie. Pour eux, si ces aides baissent, il faut en même temps réduire les taxes et les coûts de production. Sinon, les ménages paieront la facture.
Pastef réclame par ailleurs des explications précises. Il veut savoir comment ont été utilisés 120 milliards de FCFA liés au projet CERP. Il demande aussi les audits sur certaines parties de la dette publique. Il veut enfin des prévisions claires de déficit pour 2026 et 2027. Autre point sensible, la suppression annoncée de 19 entités publiques, qui devrait générer au moins 55 milliards de FCFA d’économies nettes sur trois ans.
Le 30 octobre, le groupe a jugé les réponses du gouvernement insuffisantes. Il a maintenu qu’il n’adopterait pas le texte en l’état.
Ce que répond le gouvernement, et ce qui est en jeu
Du côté de l’exécutif, on assure avoir fait le travail. Dans un communiqué du 31 octobre, le ministère des Finances affirme avoir transmis un document détaillé en réponse au mémorandum des députés. Il dit aussi avoir fourni les justificatifs sur les subventions énergétiques et les bourses de sécurité familiale. Selon lui, trois séances de discussion n’ont produit aucun amendement et aucune contreproposition de la commission.

Le Premier ministre a, lui, réclamé des amendements écrits et précis. Il appelle au dialogue, tout en laissant entendre que l’exécutif pourrait activer des mécanismes constitutionnels si le blocage durait. Il a toutefois estimé que le moment s’y prêtait mal, alors que le pays accueille les Jeux olympiques de la jeunesse.
Les enjeux dépassent la simple querelle politique. Le 1er septembre, Dakar a conclu avec le FMI un accord de principe portant sur un prêt de 2,2 milliards de dollars sur trois ans, soit environ 1 245 milliards de FCFA. Cet accord doit encore être validé par le conseil d’administration du Fonds. Un budget rectificatif bloqué envoie un mauvais signal sur la capacité du pays à tenir ses engagements. Le ministère redoute aussi des tensions sur la trésorerie de l’État, ce qui pourrait fragiliser le financement des dépenses jugées prioritaires.
Il faut pourtant nuancer. Un rejet en commission ne signifie pas la fin du projet. Il ne veut pas dire non plus que les financements internationaux sont coupés. Un accord technique avec le FMI ne garantit pas, à lui seul, un décaissement. Le pays doit encore convaincre ses partenaires que ses ajustements sont crédibles.
Pour le citoyen, la question est simple. Qui paiera l’effort de redressement des comptes publics, et à quel rythme ? C’est exactement là que gouvernement et majorité parlementaire ne s’entendent pas. La séance de mardi dira si un compromis est encore possible ou si le Sénégal entre dans une nouvelle phase de tension institutionnelle.


