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Ghana : Accra négocie avec Moscou pour se doter de sa première centrale nucléaire

Le président John Dramani Mahama a annoncé à Moscou l’ouverture de discussions avec le groupe russe Rosatom. L’objectif est de construire la toute première centrale nucléaire du pays.

C’est lors du troisième sommet entre la Russie et l’Afrique que l’annonce est tombée, jeudi 29 octobre. Devant les dirigeants africains réunis sous la présidence de Vladimir Poutine, le chef de l’État ghanéen a déclaré que son pays avait entamé des discussions avec Rosatom, l’agence nucléaire publique russe. Il a présenté ce projet comme une réponse à un besoin simple, celui d’une électricité fiable et abordable pour que l’industrie puisse se développer.

Une annonce faite à Moscou, mais encore très préliminaire

Il faut bien mesurer ce qui a été dit. John Dramani Mahama a parlé de discussions engagées, pas d’un contrat signé. Aucun site, aucun coût et aucun calendrier n’ont été donnés. Selon un média spécialisé, le ministère ghanéen de l’Énergie n’avait publié aucune déclaration sur le sujet le lendemain de l’annonce. Les discussions restent donc au stade des premiers échanges.

Le président a aussi rappelé un lien ancien avec Moscou dans le domaine de l’atome. Selon lui, l’Union soviétique avait fourni au Ghana un réacteur de recherche de deux mégawatts dès 1964, et plusieurs scientifiques ghanéens avaient été formés en Russie. Aujourd’hui, le pays ne dispose que d’un petit réacteur de recherche, d’une puissance de 30 kilowatts, d’après la Commission ghanéenne de l’énergie atomique. L’écart est immense avec une centrale capable d’alimenter un réseau national.

Les liens avec Rosatom ne sont pas nouveaux. Un premier accord avait déjà été signé en 2015 pour envisager la construction d’une centrale. Plus récemment, un protocole d’accord a été conclu entre la commission ghanéenne et le groupe russe. Les échanges sur les petits réacteurs modulaires, plus compacts et plus faciles à installer, ont aussi progressé avec la création d’un groupe de travail conjoint.

Lire aussi : Le Niger annonce un projet de centrale nucléaire

Une rencontre avec Poutine et d’autres dossiers sur la table

Au lendemain du sommet, Vladimir Poutine a reçu John Dramani Mahama pour un entretien bilatéral. Le nucléaire n’était pas le seul dossier évoqué par Accra à Moscou. Dans son discours devant les dirigeants africains, le président ghanéen avait aussi appelé à renforcer les échanges dans le commerce, l’agriculture et le numérique. Il avait plaidé pour que les paiements entre l’Afrique et la Russie puissent se faire en monnaies locales et par des moyens numériques.

Les chiffres montrent que la relation prend de l’ampleur. Des médias ghanéens ont indiqué en juillet que les échanges commerciaux entre les deux pays dépassaient 800 millions de dollars. Dans le secteur minier, le groupe russe Rusal prévoit d’exploiter un gisement de bauxite à Nyinahin, dans la région d’Ashanti, à travers deux sociétés communes. En août, une visite ministérielle à Moscou avait déjà permis de resserrer les liens, avec une exemption de visa pour les passeports officiels.

Pourquoi le nucléaire attire Accra, et ce qui reste à régler

La demande d’électricité grimpe avec la population et l’industrialisation. Le Ghana a connu des périodes de coupures qui ont pesé sur les entreprises et sur la vie quotidienne. Une centrale nucléaire fournit un courant stable, jour et nuit, et ne dépend ni de la météo ni du niveau des barrages. Des médias ghanéens rapportent que le pays vise environ 700 mégawatts de capacité nucléaire.

Ici, il faut apporter un éclairage important. Rosatom n’est pas seule sur les rangs. Accra examine aussi des offres venues de France avec EDF, des États-Unis avec NuScale, de Chine, de Corée du Sud et de Russie. Le Ghana joue donc une partie de négociation, et parler avec Moscou en public ne signifie pas que le choix est fait. Le pays garde ainsi la possibilité de comparer les prix, les financements et les conditions techniques.

À l’échelle du continent, le nucléaire civil reste rare. Seule l’Afrique du Sud exploite aujourd’hui une centrale en activité. L’Égypte construit sa première centrale avec Rosatom, à El Dabaa. Cet exemple rappelle une réalité. Un tel projet prend de longues années et coûte très cher, avec un financement qui se négocie souvent avec le pays constructeur.

D’autres étapes restent obligatoires. Le projet devra passer par l’autorité ghanéenne de régulation nucléaire, par des contrôles internationaux de sûreté et par un accord financier solide. Des observateurs se demandent aussi ce que le rapprochement avec Moscou coûtera en équilibre diplomatique, alors que le Ghana entretient de forts liens avec ses partenaires occidentaux. Pour l’instant, une seule chose est certaine. Le Ghana veut passer à l’atome, et il a décidé de le dire à Moscou.

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