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Ouganda : un opposant rwandais à Kagame retrouvé décapité

Robert Kabera, ancien militaire rwandais réfugié en Ouganda, a été retrouvé mort, la tête tranchée, près de la capitale. Son meurtre ravive les craintes pour la sécurité des opposants rwandais vivant en exil.

Une découverte macabre près de Kampala

Le corps de Robert Kabera a été retrouvé le samedi 17 octobre 2026 à Kamengo, dans le district de Mpigi, à la périphérie de Kampala. La police ougandaise a confirmé la nouvelle le lundi 19 octobre. La dépouille a été transférée à la morgue de l’hôpital de Mulago.

Une enquête est en cours. Les habitants et les proches attendent des réponses. À ce stade, les autorités n’ont désigné aucun suspect et n’ont avancé aucun mobile. Il faut donc rester prudent. Rien ne permet pour l’instant d’affirmer qui a commis ce crime, ni pourquoi.

L’homme avait 50 ans. Il avait quitté le Rwanda en novembre 2020 et vivait en Ouganda sous le statut de réfugié, selon son frère Victor Agaba, cité par l’AFP. Un média ougandais rapporte qu’il avait alerté les autorités sur des menaces pesant sur sa sécurité. Il aurait demandé à être déplacé vers un lieu plus sûr. Sa veuve dit craindre aujourd’hui pour la sécurité de ses proches.

Un critique de longue date du pouvoir rwandais

Robert Kabera avait servi dans l’armée rwandaise comme instructeur et soliste de la fanfare militaire. Une fois en exil, il était devenu une voix très critique du président Paul Kagame, qui dirige le pays depuis la fin du génocide de 1994.

Lire aussi : Gabon-Rwanda : Un député arrêté à Kigali pour agression (vidéo)

Il s’exprimait surtout sur internet. Sa chaîne « Major Robert TV » compte plus de 144 000 abonnés et propose plus de 800 vidéos. Beaucoup visent directement le chef de l’État rwandais. Certains Rwandais jugeaient ses propos nuisibles à l’image de leur gouvernement.

Son parcours comporte aussi une zone de controverse qu’il faut citer. Après son départ, l’armée rwandaise a ouvert une enquête contre lui pour une accusation d’agression sexuelle sur une mineure de sa famille. Il a toujours nié. Il affirmait qu’il se trouvait déjà en Ouganda à la date des faits supposés. Il dénonçait une manœuvre de propagande contre les opposants.

l’opposant avant son exil / Credit photo : Google

Le Congrès national rwandais, un mouvement d’opposition en exil, demande une enquête approfondie et la traduction des responsables en justice. Le gouvernement rwandais n’avait fait aucun commentaire public au moment où les premières informations ont été publiées. Kigali affirme de manière générale qu’il ne s’en prend pas à ses opposants.

Un climat qui nourrit l’inquiétude

Cette affaire ne vient pas de nulle part. Plusieurs critiques du pouvoir rwandais sont morts à l’étranger ces dernières années. Le cas le plus connu est celui de Patrick Karegeya, ancien chef des renseignements rwandais, retrouvé mort dans un hôtel en Afrique du Sud en 2014.

Les détracteurs de Paul Kagame affirment que son style de pouvoir ne laisse aucune place à la dissidence. Ils rappellent que de nombreux officiers supérieurs se sont brouillés avec lui. Certains ont choisi l’exil parce qu’ils estimaient leur vie menacée. Le pouvoir, lui, rejette ces accusations.

Il faut pourtant distinguer le climat général et le dossier précis. Dans une affaire de meurtre, seule une enquête solide peut établir les responsabilités. Les mobiles possibles sont nombreux, et la police n’en a retenu aucun publiquement.

Ce drame pose en tout cas une question plus large, celle de la protection des réfugiés. Une personne enregistrée comme réfugiée relève en principe de la protection du pays qui l’accueille. Si des menaces avaient bien été signalées, comme le rapporte un média, la manière dont elles ont été traitées sera forcément examinée.

Les prochains jours seront décisifs. Il faudra surveiller les résultats de l’enquête de la police ougandaise, une éventuelle réaction officielle de Kigali et la suite donnée par les organisations de défense des droits humains. Pour les familles et pour la diaspora rwandaise, une exigence domine, savoir enfin la vérité.

Ce type d’affaire montre aussi le poids du numérique dans les luttes politiques d’aujourd’hui. Un ancien militaire exilé, sans parti ni tribune officielle, a pu réunir plus de 140 000 abonnés grâce à des vidéos publiées en ligne. Cette audience donne de la visibilité à des voix que les médias de leur pays d’origine ne relaient pas. Elle expose aussi ceux qui parlent, parfois loin de chez eux, à des risques bien réels. Les défenseurs des droits humains répètent depuis longtemps que l’exil ne garantit pas toujours la sécurité.

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