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Sénégal : Sonko s’oppose au mécanisme du G20 sur la dette

Le président de l’Assemblée nationale conteste le recours du Sénégal au cadre commun du G20 pour traiter sa dette. Il menace aussi de bloquer les budgets de l’État si le gouvernement ne revoit pas sa copie.

Un refus lancé devant la presse

Lundi 19 octobre 2026, Ousmane Sonko a pris la parole à Dakar lors d’un point de presse. Il dirige aujourd’hui l’Assemblée nationale et le parti Pastef, qui détient la majorité des sièges.

Selon lui, le Sénégal n’avait pas besoin d’aller au G20 pour une simple opération de reprofilage de sa dette. Il a ajouté que le pays n’avait pas à devenir le premier cobaye de cette nouvelle initiative.

Reprofiler une dette, cela veut dire revoir son calendrier de remboursement. On étale les paiements dans le temps pour alléger la pression sur les finances publiques. Une restructuration va plus loin, car elle peut aussi réduire le montant à rembourser. Ce détail de vocabulaire compte beaucoup dans le débat.

Le contexte est lourd. La dette publique du Sénégal atteignait 132 % du produit intérieur brut à la fin de 2024. Des dettes cachées, découvertes après l’alternance de 2024, ont ébranlé la confiance des partenaires. Le Fonds monétaire international (FMI) avait alors suspendu son programme précédent.

Aujourd’hui, le gouvernement négocie un nouveau programme de 2,2 milliards de dollars sur trois ans. Il a aussi annoncé un plan de traitement de la dette, qui passe par une version renforcée du cadre commun du G20. Le Ghana, la Zambie et l’Éthiopie ont déjà utilisé le cadre commun dans sa forme classique. La version renforcée est nouvelle, et le Sénégal en est le premier test.

Le cadre commun fonctionne comme une grande table de discussion. Autour d’elle, on trouve le pays endetté, mais aussi ses créanciers, publics comme privés. Tout le monde doit s’accorder sur un plan. Pour Ousmane Sonko, cette lourdeur n’avait pas de raison d’être. Il estime que les difficultés du pays relèvent surtout d’un problème de financement et de trésorerie, et non d’une dette impossible à supporter.

Lire aussi :Ousmane Sonko, nouveau Premier ministre du Sénégal

Un budget jugé trop dur

Pour Ousmane Sonko, les conditions liées à cette voie se lisent déjà dans les projets de budget. Il parle d’un « budget d’économie », pensé avant tout pour rembourser la dette cachée.

Il cite une baisse de 555 milliards de francs CFA des crédits d’investissement. Il dénonce aussi des coupes dans les ministères sociaux et une forte baisse des subventions aux hydrocarbures.

Le Pastef a donc annoncé qu’il rejetterait la loi de finances rectificative de 2026. Le même sort pourrait attendre la loi de finances 2027 si elle reste inchangée. Ousmane Sonko dit pourtant ne pas chercher le blocage. Il se déclare ouvert au dialogue et rejette sur l’exécutif la responsabilité d’une éventuelle impasse.

Il assure aussi qu’un rejet ne créerait pas de vide juridique. Selon lui, le budget de 2026 continuerait de s’appliquer. Il ajoute que la loi organique prévoit la reconduction des crédits précédents. Seules les « mesures nouvelles déraisonnables » seraient bloquées.

Autre argument avancé, l’existence d’alternatives. Il affirme avoir négocié avec les Émirats arabes unis un accord proche de 2 milliards de dollars, mêlant financements à conditions avantageuses et investissements. Il dit avoir reçu en février 2026 un message annonçant le déblocage d’un premier milliard. Sa formule est directe, « les preuves sont dans mon téléphone ». Ces déclarations n’ont pas été confirmées de manière indépendante à ce stade.

Il a enfin invité le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo à un débat public contradictoire.

Ce que ce bras de fer change

L’épisode ne manque pas d’ironie. Ousmane Sonko a longtemps qualifié toute restructuration de « honte » pour le pays. Il a dirigé le gouvernement de 2024 jusqu’à son limogeage en mai 2026 par le président Bassirou Diomaye Faye. Depuis, il se trouve à la tête du Parlement, ce qui l’oppose directement à l’exécutif sur ce dossier.

Il faut bien comprendre l’enjeu. Le gouvernement doit préciser le traitement de la dette avec ses créanciers avant que le FMI valide son nouveau programme. C’est aussi ce que laissait entendre la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, mi octobre, en se disant optimiste. Un accord ouvrirait la porte à de nouveaux financements. Il pourrait aussi servir d’exemple à d’autres pays très endettés.

Mais un budget rejeté ou retardé compliquerait le calendrier. Les marchés, déjà prudents, suivent ce dossier de près.

Pour le citoyen ordinaire, ce débat technique a des effets très concrets. Des investissements publics qui baissent, ce sont moins de routes, d’écoles ou de centres de santé à court terme. Des subventions qui reculent, ce sont des prix qui peuvent monter à la pompe. À l’inverse, un pays qui ne traite pas sa dette risque de payer plus cher pour emprunter et de voir ses financeurs se détourner. Chaque camp met donc en avant un risque réel.

Une question de fond reste posée. Comment alléger la dette sans faire payer le prix fort aux Sénégalais ? Le gouvernement défend sa stratégie auprès des créanciers et du FMI. Le président de l’Assemblée défend une autre route. Les prochaines semaines diront si le débat public qu’il réclame aura lieu, et si un compromis peut être trouvé avant le vote des budgets.

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