Des chercheurs burkinabè ont développé huit variétés de riz qui produisent plus et mûrissent plus vite. Elles pourraient aider le pays à cultiver davantage de riz et à moins dépendre des importations.
Huit variétés aux résultats prometteurs
Le Burkina Faso a mis au point huit nouvelles variétés de riz grâce à des techniques nucléaires. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) l’a annoncé dans une publication datée du 15 octobre 2026. Ces semences ont été officiellement enregistrées en juin 2025. Elles ont été développées avec l’appui de l’AIEA et de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), dans le cadre de l’initiative Atoms4Food.
Concrètement, cela veut dire qu’un même champ peut donner à peu près le double de riz, et que la récolte arrive plus tôt. Les chiffres sont frappants. Ces variétés donnent entre 9 et 11 tonnes de riz par hectare. Elles arrivent à maturité en 95 à 106 jours. Les variétés déjà inscrites au catalogue national produisent plutôt entre 4 et 6 tonnes par hectare, avec un cycle plus long. Dans la plaine rizicole de Banzon, l’une d’elles a même atteint 11,76 tonnes par hectare lors d’essais menés avec des agriculteurs.
Le programme ne vise pas seulement le rendement. Deux variétés donnent de gros grains. Deux autres sont riches en amidon résistant. Une dernière a un caractère gluant. Il s’agit donc de répondre aussi aux goûts et aux besoins des consommateurs.
Plus tôt cette année, lors d’une cérémonie avec le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, la diplomate burkinabè Maimounata Ouattara a présenté ces résultats. Elle a parlé de variétés résistantes aux aléas du climat, avec trois à quatre récoltes possibles par an. Elle a aussi évoqué des qualités nutritives adaptées aux nourrissons, aux sportifs et aux personnes diabétiques. Rafael Grossi a salué cette contribution du Burkina Faso à l’initiative Atoms4Food.
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Une méthode ancienne, souvent mal comprise
Le mot « nucléaire » peut inquiéter. Pourtant, il ne s’agit pas ici de centrale ni de produit radioactif dans l’assiette. La technique utilisée s’appelle la sélection par mutation.
Les scientifiques exposent des graines à des rayonnements. Ces rayonnements provoquent de petits changements dans le patrimoine génétique des plantes. Ensuite, les chercheurs observent les plants obtenus et gardent ceux qui présentent des qualités utiles, comme un meilleur rendement ou un cycle plus court. Ils répètent ce tri pendant plusieurs générations. L’AIEA indique que cette approche est utilisée depuis les années 1930.
Pour faire simple, on accélère un phénomène que la nature produit déjà, mais très lentement et au hasard. Cette méthode se distingue de la modification génétique au sens courant du terme, car aucun gène venu d’une autre espèce n’est ajouté. Les règles varient toutefois d’un pays à l’autre, et c’est un point à vérifier dans chaque cadre juridique.
De nombreuses variétés de plantes ont été obtenues de cette façon dans le monde. Ce n’est donc pas une expérience isolée. Ce qui compte ici, c’est que le savoir faire est désormais présent dans le pays.
Au Burkina Faso, l’expertise locale a progressé. Les chercheurs ont pu conduire des lignées prometteuses de bout en bout, du laboratoire aux essais au champ, puis jusqu’à l’inscription officielle des variétés.
Du laboratoire à la parcelle, le plus dur reste à faire
Une bonne nouvelle scientifique ne suffit pas à remplir les greniers. Pour l’instant, des champs de démonstration ont été installés notamment à Bama et à Banzon. Ils permettent d’évaluer les performances dans les conditions du pays.

Les chercheurs et leurs partenaires travaillent maintenant à produire davantage de semences. C’est l’étape clé. Sans semences en quantité suffisante, les agriculteurs ne peuvent pas adopter ces variétés.
Il faut aussi garder un regard lucide. Les rendements annoncés viennent d’essais bien encadrés. Dans les champs ordinaires, les résultats dépendent de l’eau disponible, de la qualité du sol, de l’engrais et du savoir faire de chaque producteur. Le compte rendu de l’AIEA décrit un progrès vers une plus large diffusion. Il ne parle ni d’un déploiement national terminé, ni d’une baisse mesurée des importations de riz.
L’enjeu reste pourtant important. Le riz est un aliment de base dans une grande partie de l’Afrique de l’Ouest. Produire plus localement, c’est réduire la dépendance extérieure et protéger les ménages quand les prix mondiaux s’envolent. Ces huit variétés ne règleront pas tout. Mais elles montrent qu’une recherche menée sur place, avec un appui international, peut donner des résultats concrets pour la table des Burkinabè.


