Nommée vendredi, remerciée dimanche. Au Maroc, la ministre déléguée Madiha Khayr n’aura passé que deux jours au sein du nouveau gouvernement.
Une décision tombée en quelques heures
Le roi Mohammed VI a mis fin, dimanche 18 octobre 2026, aux fonctions de Madiha Khayr. Elle était ministre déléguée chargée de la Formation professionnelle et de la Qualification, auprès du ministre de l’Éducation nationale. Sa nomination datait du vendredi 16 octobre, lors de la présentation du nouveau gouvernement.
Madiha Khayr appartient au parti de l’Istiqlal. Elle dirigeait jusque là le groupe de son parti à la première Chambre du Parlement. Elle venait donc d’obtenir un poste important, avant de le perdre aussitôt.
Le communiqué du Cabinet royal est très court. Il indique que la cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri, a adressé une demande au souverain. Cette demande visait à mettre fin aux fonctions de la ministre. Le roi y a donné une suite favorable, en application de l’article 47 de la Constitution.
Le texte ne donne aucun motif. Pas une ligne n’explique ce qui a poussé la cheffe du gouvernement à agir si vite. Ce silence officiel laisse la place à toutes les rumeurs.
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Ce que dit la presse sur les raisons
Faute d’explication officielle, la presse marocaine s’est tournée vers une autre piste. Dès le samedi 17 octobre, des informations sur une affaire ancienne ont circulé avec insistance, en particulier sur les réseaux sociaux. Selon plusieurs médias, cette affaire remonterait à 2004. Elle concernerait des chèques émis à partir d’un compte ouvert au nom d’une autre personne.
Il faut rester très prudent. Ces éléments n’ont pas été confirmés par des sources judiciaires. Les documents partagés en ligne n’ont pas été authentifiés. À notre connaissance, aucune décision de justice n’a été rendue publique à ce sujet. Les raisons réelles de ce départ restent donc officiellement inconnues.
Un hebdomadaire marocain ajoute un détail. Quelques heures avant le communiqué, la ministre aurait cherché à régler le problème avec le secrétaire général de l’Istiqlal, Nizar Baraka, en parlant d’une vieille histoire. Cette information est elle aussi rapportée sans confirmation.
Dans le même gouvernement, un autre départ avait déjà fait parler. Nabila Rmili avait demandé elle même à quitter ses fonctions pour se consacrer à la présidence du Conseil de la ville de Casablanca. Ce départ répondait à un débat sur le cumul entre un poste de ministre et un mandat de maire. Le cas de Madiha Khayr est différent, puisque la demande vient cette fois de la cheffe du gouvernement.

Ce que cet épisode révèle du système politique
Cette affaire dépasse le destin d’une seule personne. Elle pose la question de la vérification des profils avant une nomination au gouvernement. Entre l’annonce de la majorité et la cérémonie royale, quelques jours seulement se sont écoulés. C’est un délai court pour examiner le parcours de chaque candidat, comme le relève un hebdomadaire.
Pour comprendre, il faut rappeler le rôle de chacun. Au Maroc, le roi nomme les ministres sur proposition du chef du gouvernement. Les partis, eux, proposent leurs candidats. Le chef du gouvernement peut ensuite demander au souverain de mettre fin aux fonctions d’un ministre. C’est ce mécanisme qui a été utilisé ici. Il est prévu par la Constitution et il n’a rien d’illégal.
L’histoire récente offre un contraste. En 2018, le palais avait lui même mis fin aux fonctions du ministre de l’Économie Mohamed Boussaid, au nom du principe de reddition des comptes. En 2017, trois ministres avaient été écartés après des retards dans un programme de développement à Al Hoceima. Dans ces deux cas, le Cabinet royal avait expliqué sa décision. Cette fois, le silence est total, et l’initiative vient de la cheffe du gouvernement.
Cette séquence est aussi un test pour l’Istiqlal. Le parti doit gérer l’embarras, alors que le gouvernement n’a pas encore franchi toutes les étapes devant le Parlement. Aucun successeur n’avait été annoncé dans les informations disponibles lundi 19 octobre.
Pour le public, une leçon se dégage. Une nomination se joue sur les compétences, mais aussi sur la réputation. Dans la vie publique, un dossier ancien peut revenir très vite, surtout à l’ère des réseaux sociaux, où une rumeur fait le tour du pays en quelques heures. Tant que les faits ne sont pas établis par la justice, la présomption d’innocence doit rester la règle. Et tant que le palais ou la cheffe du gouvernement ne s’expliquent pas, le débat restera nourri de suppositions.


