La Formule 1 revient en Afrique pour la première fois depuis 1993, mais pas sans polémique. Kinshasa estime que ce Grand Prix au Rwanda offrira une vitrine inespérée au président Paul Kagame.
Mardi 13 octobre 2026, à Kigali, la Formule 1 a officialisé un accord de dix ans avec le Rwanda. Deux jours plus tard, la cheffe de la diplomatie congolaise, Thérèse Kayikwamba Wagner, a réagi dans un communiqué très sévère. Au fond, le sport sert ici de nouveau terrain à un conflit qui dure à l’est de la RDC.
Un accord signé à Kigali pour dix ans
L’annonce a eu lieu lors d’une conférence de presse en présence de Paul Kagame, du patron de la Formule 1 Stefano Domenicali et du président de la Fédération internationale de l’automobile, Mohammed Ben Sulayem. Le Grand Prix d’Afrique, présenté sous le nom de Visit Rwanda, doit rejoindre le calendrier au début des années 2030. La date de la première course n’est pas encore fixée.
La piste n’existe pas encore. Elle sera construite à Bugesera, à environ quarante kilomètres au sud de la capitale, près du nouvel aéroport international en chantier. Le dessin du circuit est confié à des spécialistes reconnus, dont le bureau de l’ancien pilote Alexander Wurz et le groupe Tilke.
Du côté de Kigali, la fierté domine. Stefano Domenicali, lui, a vanté un moment historique pour la discipline, et rappelé que le continent compte des millions de fans, souvent très jeunes.
La colère de Kinshasa
Le ton est tout autre à Kinshasa. Selon Thérèse Kayikwamba Wagner, confier cette course au Rwanda est moralement indéfendable. Elle affirme avoir prévenu les dirigeants de la Formule 1 dès février 2025. Pour elle, offrir cette tribune à Paul Kagame reviendrait à polir l’image d’un dirigeant autoritaire dont le gouvernement a contribué à alimenter une guerre dévastatrice en RDC.
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La ministre rappelle aussi que Washington a pris des sanctions contre l’armée rwandaise et quatre de ses hauts gradés, pour leur soutien au mouvement armé M23. Elle souligne enfin que des minerais congolais sont exploités illégalement puis exportés par le Rwanda. Kigali rejette ces accusations et affirme qu’il veut seulement protéger ses frontières. Le Rwanda est pourtant visé par des accusations de Kinshasa et d’experts de l’ONU, qui lui reprochent d’appuyer le M23 avec des soldats et des armes.

La RDC ne s’oppose pourtant pas au retour de la Formule 1 sur le continent. Ce n’est pas la première fois que Kinshasa s’exprime. Dans un courrier adressé plus tôt à Stefano Domenicali, la ministre l’avait déjà invité à rompre les discussions avec Kigali. Kagame, de son côté, avait annoncé la candidature de son pays en décembre 2024, lors du gala annuel de la FIA organisé à Kigali.
Kinshasa soutient la candidature de l’Afrique du Sud, qui souhaitait aussi accueillir une course. Elle demande surtout des garanties indépendantes prouvant que le financement du Grand Prix ne vient pas de minerais du conflit. Les discussions entre la F1 et l’Afrique du Sud, notamment à Kyalami et au Cap, n’ont pas abouti à un accord pour l’instant.
Quand le sport rejoint la géopolitique
Pour mieux comprendre cette querelle, il faut regarder la stratégie du Rwanda depuis quelques années. Le pays a multiplié les partenariats sportifs, comme l’opération Visit Rwanda avec de grands clubs européens tels qu’Arsenal ou le PSG. Il a aussi accueilli en 2025 les championnats du monde de cyclisme sur route, une première en Afrique. Pour ses défenseurs, c’est une façon intelligente d’attirer des touristes et des investisseurs. Pour ses critiques, c’est du sportswashing, un mot qui désigne l’usage du sport pour améliorer une image internationale.
Le débat se pose aussi pour la Formule 1 en tant que telle. Stefano Domenicali assure que l’accord dépasse largement le cadre d’une simple course. Il évoque des retombées économiques et sociales par le tourisme et l’investissement. Il a également rappelé qu’un continent de 55 pays peut accueillir plus d’une épreuve, et que l’Afrique du Sud n’est pas exclue à l’avenir.
La question reste ouverte pour les fans comme pour les diplomates. Reste à savoir si le sport peut rester à l’écart d’un conflit qui a déjà fait des millions de victimes dans la région des Grands Lacs. Entre l’enthousiasme de Kigali et l’indignation de Kinshasa, la réponse ne viendra pas de la piste. Elle dépendra surtout de l’évolution du dossier sécuritaire, des discussions de paix et sans doute de la pression de l’opinion internationale d’ici le premier départ.


