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Mali–UA : Ce que pourrait changer la visite de Mahmoud Ali Youssouf

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Cinq ans après la suspension du Mali des instances de l’Union africaine, son plus haut représentant a fait le déplacement à Bamako. Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’organisation panafricaine, a entamé dimanche 12 juillet 2026 une visite officielle de deux jours dans la capitale malienne, une première depuis son élection à la tête de la Commission en février 2025. Au-delà du protocole, ce déplacement peut-il réellement débloquer une relation gelée depuis 2021? ou s’agit-il d’un énième geste diplomatique sans lendemain ?

Un accueil soigné, un agenda politique

À sa descente d’avion à l’aéroport international Président Modibo Keïta-Sénou, Mahmoud Ali Youssouf a été reçu par le chef de la diplomatie malienne Abdoulaye Diop et par le ministre de l’Intégration africaine Mossa Ag Attaher. Un premier échange sur des dossiers d’intérêt commun a immédiatement suivi son arrivée. Le point d’orgue de la visite est attendu ce lundi, avec une audience auprès du général Assimi Goïta, président de la transition malienne. Ni la Commission ni Bamako n’ont, à ce stade, communiqué l’ordre du jour précis de cet entretien.

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Une suspension toujours en vigueur

Le contexte reste celui d’une relation à double vitesse. Le Mali demeure suspendu de la participation aux organes et activités de l’Union africaine depuis juin 2021, conséquence des changements anticonstitutionnels de gouvernement survenus dans le pays. Cette mesure, rappelons-le, ne remet pas en cause l’appartenance du Mali à l’organisation continentale et n’a jamais interrompu les canaux de dialogue : la Commission conserve une présence sur place via son Bureau de liaison pour le Mali et le Sahel, dirigé par l’ancien chef de la diplomatie gambienne Mamadou Tangara.

La visite de Bamako s’inscrit dans la continuité d’un mandat entamé par Mahmoud Ali Youssouf dès mai 2025, lorsqu’il avait réuni à Addis-Abeba les ambassadeurs du Mali, du Burkina Faso et du Niger pour évoquer une reprise structurée des échanges. Elle répond également à un appel plus formel : réuni le 28 avril dernier, le Conseil de paix et de sécurité de l’UA avait demandé à la Commission d’intensifier ses démarches auprès de Bamako, en insistant sur le dialogue politique, le retour à l’ordre constitutionnel et l’adoption d’un calendrier de transition assorti d’échéances claires.

Des positions difficilement conciliables

C’est précisément sur ce terrain que le dialogue s’annonce délicat. L’Union africaine continue de conditionner la levée de la suspension à une normalisation institutionnelle et à une alternance démocratique. Les autorités de la transition malienne, elles, mettent en avant les impératifs sécuritaires pour justifier leur refus de se plier à un calendrier dicté depuis l’extérieur. Une loi promulguée le 8 juillet 2025 a d’ailleurs conféré au général Goïta les fonctions de chef de l’État pour une période de cinq ans renouvelable, la fin de la transition restant subordonnée à l’organisation d’une élection présidentielle à laquelle les autorités actuelles pourraient elles-mêmes se présenter. Autant d’éléments qui, sur le fond, éloignent les deux parties d’un compromis rapide.

Un test pour la crédibilité de l’UA face au Sahel

Cette visite dépasse le seul cas malien. Elle constitue un indicateur pour l’ensemble de la zone sahélo-saharienne, où trois pays Mali, Burkina Faso et Niger, réunis au sein de la Confédération des États du Sahel ont pris leurs distances avec les instances régionales et continentales traditionnelles. Un échec de la médiation de Mahmoud Ali Youssouf face au général Goïta serait perçu comme un signal de faiblesse pour une institution déjà concurrencée sur le terrain diplomatique par d’autres puissances actives dans la région. Un succès, même partiel, offrirait en revanche à l’UA un début de méthode pour renouer avec des régimes issus de transitions militaires sans renoncer à ses principes fondateurs.

La visite intervient enfin dans un climat sécuritaire tendu, marqué début juillet par des attaques coordonnées dans le nord, le centre et le sud du Mali, que le président de la Commission avait condamnées quelques jours plus tôt tout en appelant à un renforcement de la lutte collective contre le terrorisme.

Une étape, pas un dénouement

Au terme de ces deux journées, aucune levée de suspension ni feuille de route officielle n’est à attendre dans l’immédiat : les canaux restent ouverts, mais les désaccords de fond, eux, demeurent entiers. Ce que cette visite pourrait changer, ce n’est donc pas encore la nature des relations entre Bamako et l’Union africaine, mais la méthode : un dialogue direct au plus haut niveau, renoué après des années de gel institutionnel, qui remet la diplomatie continentale au centre du jeu sahélien à charge, désormais, pour les deux parties de transformer cette reprise de contact en résultats concrets.

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