Deux ans après avoir pris les rênes de l’équipe nationale, Pape Thiaw n’est plus le sélectionneur du Sénégal. La Fédération sénégalaise de football (FSF) a acté son licenciement dans la nuit du samedi 11 juillet 2026, au terme d’une réunion d’urgence du comité exécutif qui aura duré près de quatorze heures. Une sortie brutale, à la mesure d’un Mondial américain qui n’aura pas tenu ses promesses pour les Lions de la Teranga.
Un communiqué sans détour
Dans un communiqué lu par son porte-parole, la FSF a annoncé avoir engagé une procédure de cessation de fonction visant Pape Thiaw ainsi que l’intégralité de son staff technique. L’instance évoque une évaluation approfondie des résultats sportifs et des perspectives de la sélection, jugée nécessaire « dans l’intérêt supérieur du football sénégalais ». Signe de la précipitation avec laquelle le texte a été rédigé, le communiqué a même évoqué à tort une élimination en huitièmes de finale, alors que le Sénégal a bel et bien chuté au stade des seizièmes de finale.
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Un parcours mondial en dents de scie
Sur le papier, la campagne sénégalaise s’annonçait pourtant relevée. Les Lions ont d’abord subi deux revers en phase de groupes, face à la France (3-1) puis à la Norvège (3-2), avant de se ressaisir avec une large victoire contre l’Irak (5-0), synonyme de qualification arrachée in extremis pour les huitièmes… pardon, les seizièmes de finale. C’est là que l’aventure s’est arrêtée, dans des circonstances jugées incompréhensibles par de nombreux observateurs : opposé à la Belgique le 1er juillet à Seattle, le Sénégal menait 2-0 jusqu’à la 86e minute avant de se faire rejoindre puis dépasser, s’inclinant finalement 3-2 après prolongation. Une désillusion cruelle pour une équipe qui semblait tenir sa qualification.
Un contexte social déjà tendu
Le limogeage ne survient pas dans un climat serein. À quelques jours du coup d’envoi du Mondial, Pape Thiaw avait lui-même jeté un pavé dans la mare en révélant publiquement ne pas avoir été payé depuis plusieurs mois, réclamant une régularisation de sa situation contractuelle. Le technicien s’est ainsi envolé vers la Coupe du monde sans contrat en bonne et due forme et avec d’importants arriérés de salaire, une situation pour le moins inhabituelle pour un sélectionneur national à quelques jours d’une échéance aussi majeure.
Ce dossier financier n’est pas la seule polémique qui aura jalonné son passage sur le banc sénégalais. Six mois plus tôt, le 18 janvier 2026 à Rabat, Pape Thiaw s’était retrouvé au cœur d’un incident retentissant lors de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations face au Maroc : contestant des décisions arbitrales, il avait demandé à ses joueurs de quitter la pelouse, ordre suivi par l’ensemble du groupe à l’exception de Sadio Mané. La rencontre avait dû être interrompue une vingtaine de minutes. Ses sorties médiatiques sur l’organisation de la compétition, la sécurité au Maroc et le corps arbitral avaient fini de le transformer en figure controversée de cette CAN 2025/2026, dont le sacre sénégalais initial a d’ailleurs été retiré sur décision administrative au profit du Maroc.

Un bilan comptable honorable, une image ternie
Sur le plan strictement sportif, le bilan de Pape Thiaw n’est pourtant pas catastrophique : en deux saisons, il aura dirigé 27 matchs pour 16 victoires, et conduit les Lions à une finale de CAN. Mais dans le football, les chiffres pèsent souvent moins lourd que les images qui restent, et celles laissées par son passage un forfait controversé en finale continentale, un feuilleton salarial rendu public en pleine préparation mondiale et une élimination jugée évitable face à la Belgique ont eu raison de sa confiance auprès des instances fédérales.
Le président de la FSF, Abdoulaye Fall, doit tenir une conférence de presse ce lundi pour détailler les motivations précises de cette rupture et évoquer les pistes envisagées pour la succession. La Fédération sénégalaise s’engage ainsi vers un nouveau cycle, avec l’ambition affichée de relancer une génération de Lions pourtant présentée, il y a encore quelques mois, comme l’une des plus talentueuses du continent.
Reste une question, plus large, que ce nouvel épisode ne manquera pas de raviver : celle de la gestion chronique des sélections africaines par leurs fédérations, entre litiges contractuels, tensions internes et changements de sélectionneur dans l’urgence. Pour le Sénégal, l’heure n’est plus aux polémiques, mais à la reconstruction sous peine de voir une nouvelle génération dorée s’éteindre sans avoir soulevé le trophée qui lui semblait promis.



