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Mali : Le mariage de la féministe Sirani annulé, les détails

Un simple conseil donné à d’autres femmes lui aura coûté son propre mariage. L’histoire d’Awa Sirani Doumbia illustre, de la façon la plus intime qui soit, le prix que continue de payer la parole féministe dans certaines sociétés.

Le mariage de cette entrepreneure et féministe malienne, prévu les 26 et 27 septembre, a été annulé après le retrait de la famille de son fiancé, une décision directement liée à la polémique née de ses propos publics sur le divorce.

Une vidéo qui devait aider les femmes, mais qui l’a rattrapée

Tout part d’une vidéo diffusée début septembre, dans laquelle Awa Sirani Doumbia s’adresse à un groupe de femmes. Elle les invite à ne plus avoir peur du divorce, et à ne plus se considérer comme les esclaves de leurs maris ou de leur belle-famille. Loin d’un simple appel à la rupture, son discours encourage surtout les femmes à mener des activités génératrices de revenus, et les hommes à soutenir cette quête d’autonomisation financière.

Ce message, à première vue plutôt consensuel dans son intention, a pourtant été interprété de façons radicalement différentes. Certains y ont vu un encouragement au divorce pur et simple, tandis que d’autres saluaient un appel salutaire à l’émancipation des femmes. Entre vidéos, lives et publications, la toile malienne s’est enflammée pendant plusieurs jours autour de cette prise de position.

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C’est dans ce climat que la famille du fiancé d’Awa Sirani a fini par se retirer, entraînant l’annulation pure et simple du mariage.

Une annonce faite avec émotion à sa communauté

Le dimanche 13 septembre, c’est en larmes, mais avec une grande sincérité, que la jeune femme a annoncé la nouvelle à sa communauté. Elle a confié se sentir très mal, pour la première fois, face à cette situation. Elle explique que la décision d’annuler le mariage revient à sa belle-famille, directement en réaction à la polémique suscitée par ses propos.

Malgré ce coup dur, Awa Sirani Doumbia garde espoir quant à l’avenir de sa relation avec son fiancé, affirmant vouloir rester forte à ses côtés, comme elle l’a toujours été durant leur histoire commune. Elle a également tenu à remercier les nombreux messages de soutien reçus depuis l’annonce.

Un révélateur du poids social qui pèse sur la parole féministe

Au delà du destin personnel de cette jeune femme, cette histoire éclaire un phénomène plus large, bien connu dans plusieurs sociétés ouest-africaines. Défendre publiquement l’autonomie des femmes, même de façon mesurée, reste une prise de risque sociale réelle, capable d’affecter jusqu’à la sphère la plus intime d’une vie, le mariage lui même.

Ce paradoxe est d’autant plus frappant que le message initial d’Awa Sirani ne rejetait pas le mariage, mais réclamait davantage d’équilibre et de soutien mutuel au sein du couple. C’est précisément cette nuance qui semble s’être perdue dans l’emballement des réseaux sociaux, où un discours nuancé se retrouve souvent réduit à un simple slogan, plus facile à condamner qu’à comprendre.

Cette affaire illustre aussi une tension bien connue des mouvements féministes sur le continent africain, celle qui existe entre l’aspiration individuelle à l’émancipation économique des femmes, et le poids des structures familiales et communautaires, qui continuent bien souvent d’arbitrer, en dernier ressort, les choix de vie les plus personnels.

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