Face à la persistance des violences xénophobes, Abuja hausse le ton. Le Parlement nigérian vient de prendre une décision inédite à l’encontre de son homologue sud-africain.
L’Assemblée nationale du Nigeria a annoncé, vendredi 11 septembre, la suspension jusqu’à nouvel ordre de tous les déplacements officiels de ses parlementaires en Afrique du Sud, ainsi que sa participation à toute activité organisée par les institutions législatives sud-africaines.
Une rupture qui touche tous les échanges parlementaires
Cette décision a été prise conjointement par les dirigeants des deux chambres du Parlement nigérian, le président du Sénat Godswill Akpabio et le président de la Chambre des représentants Abbas Tajudeen. Elle s’applique à l’ensemble des sénateurs, députés, commissions parlementaires, responsables administratifs et personnels de l’Assemblée nationale.
La suspension est large. Elle couvre les conférences, séminaires, ateliers, réunions et programmes d’échanges organisés, accueillis ou parrainés par le Parlement sud-africain ou toute autre autorité législative du pays. Fait notable, même les rencontres tenues en visioconférence sont concernées par cette mesure.
Dans un communiqué signé par le greffier de l’Assemblée nationale, Kamoru Ogunlana, les dirigeants du Parlement nigérian se disent profondément préoccupés par la situation, évoquant des ressortissants nigérians tués, blessés, déplacés de force, ou contraints d’abandonner leurs commerces, leurs investissements et leurs logements en Afrique du Sud.
Lire aussi : Xénophobie en Afrique du Sud : 300 Ghanéens rentrent au bercail
Des évacuations déjà nombreuses depuis juin
Cette décision parlementaire ne sort pas de nulle part. Elle intervient après plusieurs mois de tensions croissantes autour des violences xénophobes visant les ressortissants étrangers en Afrique du Sud, un phénomène récurrent dans le pays depuis plusieurs années.
Dès le mois de juin, le Nigeria avait entamé l’évacuation de certains de ses citoyens présents en Afrique du Sud. Un premier groupe de 258 personnes avait été rapatrié à Lagos le 11 juin, suivi de plusieurs autres vols au cours des semaines suivantes. Début juillet, le nombre total de Nigérians évacués avait déjà atteint environ 1 000 personnes. En septembre, ce chiffre est monté à 1 699 ressortissants nigérians rapatriés ou évacués d’Afrique du Sud, selon les autorités d’Abuja.
Le Nigeria n’est pas le seul pays du continent concerné par ce type d’opération. Le Ghana a lui aussi procédé au rapatriement de 1 964 de ses ressortissants, dans le cadre d’une opération lancée dès le mois de mai, sur fond des mêmes violences xénophobes.

Une pression diplomatique à plusieurs niveaux
Cette suspension parlementaire s’inscrit dans une escalade plus large de la pression diplomatique exercée par le Nigeria sur l’Afrique du Sud. Elle intervient seulement quelques jours après qu’Abuja a saisi l’Union africaine sur la question des violences xénophobes visant ses ressortissants et ceux d’autres pays africains.
Le Parlement nigérian a également invité les assemblées législatives des différents États du pays à envisager des mesures similaires envers l’Afrique du Sud, une façon d’élargir la portée symbolique de cette rupture au delà du seul niveau fédéral.
L’Assemblée nationale a toutefois tenu à nuancer la portée de sa décision. Elle précise que cette suspension ne remet pas en cause les relations diplomatiques et historiques plus larges entre les deux pays, réaffirmant son attachement à la coopération parlementaire, à condition toutefois qu’elle repose sur un respect mutuel et un engagement partagé à protéger les vies, les biens et les activités commerciales légales de leurs ressortissants respectifs.
La mesure doit rester en vigueur jusqu’à nouvel ordre, sa levée éventuelle dépendant désormais des mesures concrètes que Pretoria voudra bien mettre en œuvre pour endiguer ces violences xénophobes qui continuent d’endeuiller la diaspora nigériane en Afrique du Sud.


