La Libye traverse une grave crise de l’électricité. Ce pays possède pourtant les plus importantes réserves de pétrole du continent africain.
Depuis la mi juillet, le réseau électrique national a perdu environ 1 350 mégawatts de capacité. Plusieurs centrales et lignes de transport ont cessé de fonctionner normalement.
Des coupures qui durent depuis des semaines
À Tripoli, Misrata, Zaouïa et dans d’autres villes de l’ouest du pays, les habitants vivent au rythme des délestages. Certaines coupures dépassent dix heures par jour.
La vague de chaleur de cet été a fortement augmenté la demande en électricité, notamment à cause de la climatisation. Mais cette chaleur n’explique qu’une partie du problème. Le réseau électrique libyen souffre depuis des années d’un manque d’entretien et d’investissement.
La Compagnie générale d’électricité de Libye, appelée GECOL, évoque un déficit de production de plus de 1 000 mégawatts en période de forte demande. Elle a averti qu’elle avait épuisé toutes ses solutions techniques et administratives pour limiter les coupures.
La situation s’est encore aggravée fin juillet, quand des manifestants ont pénétré dans le complexe pétrolier de Mellitah. Ils ont fermé les conduites de gaz qui alimentent plusieurs centrales électriques. Cet incident a fait craindre un effondrement complet du réseau national, y compris dans les régions de l’est du pays.
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Un paradoxe difficile à accepter pour la population
La Libye dépense environ un milliard de dollars chaque mois pour importer du carburant destiné à ses centrales. Un montant considérable, pour un pays qui compte parmi les plus grands producteurs de pétrole d’Afrique.
Cette contradiction nourrit une colère grandissante dans la population. Beaucoup d’habitants ne comprennent pas comment un pays aussi riche en hydrocarbures peut se retrouver incapable de garantir un approvisionnement stable en électricité.
Les Nations unies pointent plusieurs causes à cette crise. La représentante spéciale de l’ONU pour la Libye évoque la fragmentation des institutions du pays, une mauvaise gestion des ressources publiques, ainsi que des années de sous investissement dans les infrastructures énergétiques.
Depuis 2011 et la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye reste en effet divisée entre deux pouvoirs rivaux. Le Gouvernement d’unité nationale siège à Tripoli, sous la direction d’Abdel Hamid Dbeibah. Un autre gouvernement, non reconnu par l’ONU, opère depuis l’est du pays. Cette division freine toute réforme profonde du secteur énergétique.

Une colère qui gagne la rue et la politique
Les coupures d’électricité ont fini par se transformer en mouvement de contestation. Des manifestants ont bloqué des routes, dressé des barrages et fermé les sièges de plusieurs ministères à Tripoli, dont ceux de la Planification et de l’Agriculture.
Les revendications dépassent désormais la seule question de l’électricité. Les manifestants dénoncent aussi la dégradation des services publics, la hausse du coût de la vie et la dépréciation de la monnaie nationale, qui renchérit les produits importés comme la nourriture ou les médicaments.
Certains manifestants réclament même le départ pur et simple du gouvernement d’unité nationale. Face à cette pression, le premier ministre libyen a ordonné une réunion d’urgence entre la Compagnie nationale de pétrole et la compagnie d’électricité, pour tenter de sécuriser l’approvisionnement en carburant des centrales.
Pour l’instant, aucune solution durable ne se dessine. Tant que les institutions libyennes resteront divisées, les experts estiment que le pays continuera de peiner à transformer sa richesse pétrolière en un service public d’électricité fiable pour sa population.


