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Guinée : Mamadi Doumbouya gracie l’opposant Aliou Bah

Le président guinéen Mamadi Doumbouya a gracié l’opposant Aliou Bah, détenu depuis près de deux ans. Il fait partie de 217 détenus qui ont bénéficié d’une grâce à l’occasion de la fête de l’indépendance.

Une grâce annoncée le jour de la fête nationale

La décision a été annoncée le vendredi 2 octobre, pour le 68e anniversaire de l’indépendance du pays. Le décret a été lu à la télévision d’État par le général Amara Camara, ministre secrétaire général de la présidence.

Il prévoit une remise totale de peine pour 217 condamnés. Ces personnes dépendent de plusieurs tribunaux, dont ceux de Dixinn, Kaloum, Mafanco, Coyah et Kindia. Elles devront toutefois suivre un stage d’encadrement civique et de préparation à la réinsertion, d’une durée de 45 jours. Les détails doivent être fixés par un arrêté commun des ministères de la Justice et de la Défense.

Parmi les bénéficiaires figure Aliou Bah, le président du Mouvement démocratique libéral, le MoDeL. Diplômé en finance et en sciences politiques, il n’a jamais exercé de mandat. Il s’était fait connaître à l’international en 2021, lors du sommet Afrique-France de Montpellier, où il avait échangé avec le président français Emmanuel Macron.

Qui est Aliou Bah, et pourquoi son cas était suivi

Tout commence en décembre 2024. Aliou Bah est arrêté le 26 décembre, près de la frontière avec la Sierra Leone, alors qu’il voyageait avec deux collègues. Quelques jours plus tôt, lors d’une conférence de presse, il avait critiqué le pouvoir militaire.

Lire aussi : Guinée : Mamadi Doumbouya de retour au bercail

Le 7 janvier 2025, un tribunal de Conakry le condamne à deux ans de prison ferme pour « offense et diffamation » envers le chef de l’État. La peine est ensuite confirmée en appel. Des organisations de défense des droits humains avaient alors dénoncé une atteinte à la liberté d’expression et réclamé sa libération.

À l’époque de son arrestation, des dizaines de membres de la société civile et de partis politiques, dont environ 150 universitaires et journalistes, avaient dénoncé une arrestation arbitraire. Amnesty International avait de son côté jugé la condamnation contraire à la liberté d’expression. Son affaire était donc devenue l’un des dossiers les plus suivis par les défenseurs des droits humains en Guinée.

Son dossier a aussi été porté devant la Cour de justice de la Cédéao, la juridiction de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. En juin 2026, elle avait estimé qu’il était détenu de manière arbitraire et que ses droits avaient été violés. Elle avait ordonné qu’il soit libéré. Dans une lettre datée du 25 septembre, elle avait demandé à la Cour suprême guinéenne une mise en liberté « immédiate et sans condition ».

Une semaine plus tard, le président a gracié l’opposant. Il avait passé environ 21 mois en détention. Il était donc à quelques mois seulement de la fin de sa peine.

Une grâce, mais pas une annulation

Il faut bien comprendre ce que veut dire une grâce. Elle supprime la peine à purger, mais elle n’efface pas la condamnation. Autrement dit, Aliou Bah est dispensé de prison, mais il reste juridiquement condamné. Cela diffère d’une amnistie, qui efface l’infraction, et d’un acquittement, qui reconnaît l’innocence.

Cette nuance compte pour les soutiens de l’opposant. Pour eux, c’est la condamnation elle-même qui pose problème. La Cour de la Cédéao avait demandé une libération sans condition. Or la grâce est assortie d’un stage de 45 jours, dont on ne sait pas encore comment il s’appliquera à lui.

Le contexte politique éclaire aussi la décision. Le général Doumbouya, arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2021, a été élu président lors du scrutin de décembre 2025. Plusieurs figures majeures de l’opposition n’étaient pas dans la course. Les organisations de défense des droits humains suivent donc de près les gestes d’ouverture du pouvoir. Certaines continuent de dénoncer des enlèvements et des disparitions forcées dans le pays.

Une grâce collective, le jour d’une fête nationale, est une pratique courante dans de nombreux pays. Elle permet au pouvoir d’afficher un geste d’apaisement, tout en gardant la main sur le calendrier. Reste à savoir si ce geste sera suivi d’autres, par exemple pour d’autres détenus politiques ou pour des familles en attente de nouvelles de proches disparus.

Pour Aliou Bah, la prochaine étape sera de reprendre la parole. Son parti, le MoDeL, a déjà fait de son combat un symbole. Sa libération pourrait relancer le débat sur la liberté d’expression en Guinée. Elle ne répond pas encore à toutes les questions posées par ses partisans et par la justice régionale.

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