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Ouganda : battu aux élections, il coupe l’électricité de tout un village

Après sa défaite aux législatives, le député sortant Yusuf Nsibambi a décidé de reprendre ce qu’il estime avoir donné. Il a coupé le courant d’un village et retiré des bourses à des dizaines d’étudiants.

Une défaite, puis une colère qui se voit

Yusuf Nsibambi est un vétéran du droit et, selon les médias ougandais, un membre historique du Forum pour le changement démocratique, le FDC. Il représentait la circonscription de Mawokota Sud. Aux législatives du 15 janvier, il a perdu son siège face à Suzan Nakawuki, candidate du Mouvement de résistance nationale, le NRM, parti au pouvoir.

La défaite l’a profondément marqué. Il a annoncé son retrait de la vie politique. Il a aussi décidé de retirer plusieurs formes de soutien qu’il apportait à ses électeurs jusque-là.

La mesure la plus visible concerne l’électricité. Il a débranché un transformateur qui alimentait plusieurs villages, dont celui de Buyaya. D’après la presse ougandaise, la coupure a duré plusieurs jours. Maisons et commerces sont restés dans le noir, et le travail a été perturbé dans la zone.

Les médias NilePost et Daily Star rapportent que la situation s’est ensuite tendue. Des policiers et des agents de la compagnie nationale de distribution, l’UEDCL, sont venus rétablir le courant. L’ancien député aurait alors réagi en abattant des poteaux électriques qu’il disait avoir financés. L’UEDCL a d’abord traité l’incident comme une panne ordinaire, avant de comprendre qu’il s’agissait d’une coupure volontaire. Le courant a fini par revenir, et la police s’est penchée sur l’affaire.

« Ils m’ont montré que je ne suis personne »

Yusuf Nsibambi n’a exprimé aucun regret. Il affirme que le transformateur, le terrain traversé par la ligne et les poteaux lui appartiennent. Pour lui, les habitants n’avaient aucun droit de continuer à s’en servir. Il a même lancé qu’ils pouvaient demander leur propre électricité au gouvernement.

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Il justifie son geste par un sentiment d’ingratitude. Il explique avoir acheté des camions à ordures pour les villes de la circonscription, distribué des panneaux solaires et acquis des tracteurs pour réparer les routes. Il dit avoir aussi offert de la lumière aux habitants de Bunjakko. En retour, affirme-t-il, ils ne lui ont donné que neuf voix.

Il a aussi annoncé le retrait des bourses de 66 étudiants. Il ne conserverait son soutien qu’à sept d’entre eux. Il regrette d’avoir investi à Buwama, où il disait avoir soutenu des lampadaires solaires, des postes de police, le ramassage des ordures et même un émetteur pour une radio locale.

Selon les informations rapportées, il envisage enfin de se bâtir une nouvelle maison à Julian City. Elle serait très protégée, avec caméras, clôtures, gardes et chiens. Il aurait prévenu qu’aucune personne venue demander de l’aide n’y serait reçue, sauf s’il se présente un jour sans adversaire à une élection.

Des habitants et des élus locaux voient dans ce geste un acte de vengeance. Ils ont demandé aux autorités et au distributeur national de poser un transformateur indépendant, pour que le village ne dépende plus du bon vouloir d’un seul homme. Des habitants disent aussi craindre de nouvelles coupures.

Quand les services publics dépendent d’un seul homme

Cette histoire dépasse la simple querelle politique. Elle pose une question de fond, celle de la place de la générosité personnelle dans la vie publique.

Dans beaucoup de pays, il arrive que des élus financent eux-mêmes des routes, des forages, des bourses ou des lampadaires. Ces gestes aident réellement des familles. Mais ils créent aussi un lien de dépendance. L’élu y voit un échange, je donne et j’attends des voix. Les habitants, eux, y voient souvent un service qui devrait relever de l’État. Quand la défaite arrive, l’échange se brise. Et les habitants se retrouvent sans lumière.

C’est ce qui rend l’affaire de Mawokota Sud instructive. Une infrastructure qui sert à toute une communauté peut-elle rester la propriété privée de celui qui l’a payée, au point de pouvoir la couper à volonté ? La question se pose d’autant plus que le village était relié à un réseau de distribution et que la police s’en est mêlée. C’est aux autorités ougandaises, et non à nous, de trancher sur le plan juridique.

L’Ouganda a déjà connu ce genre de scène. En 2018, un autre élu, Patrick Okumu-Ringa, avait démonté une dizaine de forages qu’il avait installés à Nebbi, après sa défaite à une élection partielle. Il disait lui aussi que les habitants ne l’avaient pas apprécié. Il avait toutefois ajouté qu’il se réconcilierait avec eux et remonterait les forages plus tard.

Ces deux cas rappellent une règle simple. Une élection récompense ou sanctionne un bilan, mais elle ne donne à personne le droit de punir une population. Pour éviter que l’eau, la lumière ou l’éducation deviennent des moyens de pression, la solution est connue. Il faut des services publics solides, financés par l’État, et non suspendus aux humeurs d’un bienfaiteur. En attendant, les habitants de Buyaya espèrent que la lumière restera allumée.

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