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Congo : quand le pétrole empoisonne l’air et les rivières

Des flammes qui brûlent jour et nuit à quelques mètres des maisons, des toux qui ne passent pas, des rivières troubles. En République démocratique du Congo, la colère contre une compagnie pétrolière ne cesse de grandir.

Un audit gouvernemental qui confirme les craintes

La zone de Moanda, sur la côte atlantique de la RDC, abrite le seul producteur de pétrole du pays. La compagnie franco-britannique Perenco y exploite des installations terrestres et maritimes qui produisent environ 19 500 barils de pétrole par jour.

Face à des plaintes anciennes des populations, le gouvernement congolais a commandé en décembre 2024 un audit environnemental sur les activités de cette entreprise. Les premières conclusions, partagées fin juillet 2026, confirment ce que les habitants dénonçaient depuis des années. L’audit relève des impacts négatifs sur la qualité des sols et de l’air, notamment à cause du torchage de gaz près des zones habitées.

Le torchage, c’est le fait de brûler à l’air libre le gaz qui accompagne l’extraction du pétrole plutôt que de le récupérer. Cette pratique est largement interdite par la loi congolaise. Selon des données de télédétection et des témoignages recueillis, cinq sites ont pourtant connu ce type d’opération entre janvier 2025 et mars 2026, dont un situé à moins de 80 mètres des habitations.

Un responsable du ministère des Hydrocarbures a confirmé publiquement ces éléments début août. Il a assuré que tous les aspects de la pollution seraient traités dans le rapport final de l’audit. Ce rapport se fait toutefois attendre. En novembre 2025, le ministre en charge du dossier avait déjà annoncé une prolongation d’un an du contrat lié à cet audit, sans donner de calendrier précis pour sa publication.

Des symptômes qui inquiètent les communautés riveraines

Une organisation de défense des droits humains a mené sa propre enquête sur le terrain. Elle s’appuie sur des entretiens avec 45 personnes, des habitants, des travailleurs du secteur pétrolier, des professionnels de santé et des experts, ainsi que sur l’analyse d’images satellites.

Lire aussi : Côte d’Ivoire : nouvelle découverte de gaz et de pétrole

Les témoignages recueillis décrivent des maladies respiratoires récurrentes. Des habitants rapportent aussi des douleurs thoraciques, des maux de tête et des nausées. Ces symptômes sont directement associés par les populations locales à la pollution de l’air causée par le torchage de gaz et le brûlage de déchets.

L’enquête pointe également des fuites de pétrole provenant de puits et de canalisations, qui se répandent dans le sol et dans les cours d’eau. Ce constat n’est pas nouveau. Une enquête menée sur les quinze dernières années évoque 167 incidents de pollution sérieuse liés aux activités d’extraction de cette même compagnie en RDC.

La législation environnementale congolaise interdit pourtant certaines pratiques de production pétrolière et de gestion des déchets susceptibles de nuire à la santé publique. Mais le gouvernement n’a pas assuré de suivi régulier de la qualité de l’air, de l’eau et du sol dans la région de Moanda, laissant les populations sans données fiables pour mesurer leur propre exposition.

Une mobilisation qui s’étend jusqu’aux tribunaux

Face à ce silence prolongé, les habitants ne comptent plus seulement sur les autorités locales. Des villageois de la zone se sont de nouveau mobilisés en mai 2026, avec des manifestations organisées sur plusieurs jours pour réclamer des comptes.

L’affaire a également pris une dimension judiciaire internationale. Après trois années de procédure, la compagnie pétrolière doit être jugée devant le tribunal judiciaire de Paris pour préjudice écologique. Ce procès civil pourrait se tenir fin 2026 ou début 2027.

Des chercheurs spécialisés dans les questions de combustibles fossiles rappellent que les autorités congolaises ont l’obligation de publier sans délai les conclusions provisoires de l’audit. Elles demandent aussi la divulgation complète des données de surveillance environnementale déjà collectées. Pour les résidents des communautés concernées, connaître précisément l’étendue de la pollution qui les entoure reste, à ce stade, un droit encore loin d’être respecté.

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