Le président congolais a plaidé sa cause au Kremlin ce vendredi 30 octobre. Il demande à la Russie de peser pour la paix dans l’est de la RDC et pour le maintien de la mission de l’ONU.
Félix Tshisekedi a passé plusieurs jours à Moscou, à l’occasion du troisième sommet entre la Russie et l’Afrique. Il y a participé au dîner officiel offert par Vladimir Poutine le 28 octobre, puis il a pris la parole en séance plénière le lendemain. Le point d’orgue est venu vendredi, avec un entretien en tête à tête au palais du Kremlin. Le message du chef de l’État congolais tient en une idée simple. La guerre dure depuis trop longtemps et la Russie peut aider à l’arrêter.
Un appel lancé devant Poutine
Dès sa prise de parole publique, jeudi, Félix Tshisekedi a demandé à Moscou de soutenir l’application des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies sur l’est de la RDC. Il a réclamé l’arrêt des hostilités, le départ du M23 des zones qu’il occupe et le retrait des forces rwandaises du territoire congolais. Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir ce groupe armé, ce que Kigali conteste depuis des années.
Vendredi, face à Vladimir Poutine, le ton est resté direct. Le président congolais a rappelé que son pays vit la guerre dans sa partie orientale depuis près de trente ans. Il a dit vouloir que la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité, l’accompagne dans la recherche de la paix. Il a aussi regretté que, jusqu’à présent, rien de concret n’ait été fait de ce côté. Il a enfin demandé l’appui de Moscou pour obtenir la prolongation du mandat de la Monusco, la mission de l’ONU présente en RDC. Toute modification de ce mandat relève d’une décision explicite du Conseil de sécurité, où la Russie dispose d’un droit de veto.
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Du côté russe, les médias congolais rapportent que Vladimir Poutine a qualifié la RDC de partenaire le plus prometteur en Afrique. Ils font aussi état de la signature de trois accords bilatéraux. Leur contenu détaillé n’a pas été rendu public à ce stade, et il faudra attendre les textes pour mesurer leur portée.
Pourquoi Kinshasa frappe à cette porte
Le choix de Moscou peut surprendre. Il s’explique d’abord par un mécanisme que tout le monde connaît à l’ONU. Cinq pays détiennent un siège permanent au Conseil de sécurité et peuvent bloquer une décision par leur veto. Ce sont la Russie, la Chine, les États-Unis, la France et le Royaume-Uni. Pour un pays en guerre, convaincre l’un de ces cinq peut changer l’équilibre d’un vote.

Il y a aussi une question de cohérence. Dans une ancienne interview au Figaro, Félix Tshisekedi dénonçait ce qu’il appelait un deux poids, deux mesures. Il s’étonnait que la Russie soit sanctionnée pour l’Ukraine alors que le Rwanda ne l’était pas pour son action en RDC. Aujourd’hui, c’est vers cette même Russie qu’il se tourne. Ce retournement montre que Kinshasa cherche des soutiens partout où il en trouve, sans trop s’attarder sur les étiquettes.
Le président congolais l’assume d’ailleurs. Selon la télévision publique congolaise, il a insisté sur la volonté de la RDC de diversifier ses partenaires de manière autonome et non alignée. Les domaines cités pour cette coopération sont la paix et la diplomatie, la sécurité, l’agriculture, l’énergie et l’innovation numérique.
Une diplomatie tous azimuts, des résultats à prouver
Cette démarche s’inscrit dans une série d’initiatives. Début octobre, une délégation envoyée par Félix Tshisekedi s’est rendue à Lomé, Luanda et Brazzaville pour chercher un appui régional au processus de reddition volontaire des FDLR. Il s’agit d’un groupe armé d’origine rwandaise actif dans l’est de la RDC, dont Kigali exige la neutralisation. Après l’Afrique centrale et le Togo, Kinshasa tente donc d’élargir le cercle jusqu’à Moscou.
Reste une prudence nécessaire. Plusieurs analystes soulignaient déjà, il y a plus d’un an, que la Russie temporise sur le dossier congolais. Rien ne dit, pour l’instant, que Moscou veuille prendre parti contre Kigali. Entendre un compliment du Kremlin ne garantit donc pas un vote favorable au Conseil de sécurité, ni une pression réelle sur le Rwanda.
Le mandat de la Monusco sera sans doute le premier test. Le Conseil de sécurité l’examine habituellement en fin d’année, et la position de la Russie sera scrutée de près. Pour les populations de l’est, déplacées par les combats, l’essentiel se mesure autrement. Elles attendent moins de poignées de main au Kremlin que des armes qui se taisent et des routes qui rouvrent. La diplomatie de Kinshasa a obtenu une vitrine à Moscou. Il lui reste à transformer cette vitrine en résultats sur le terrain.


