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AES : Le pari des ressources pour renforcer la souveraineté

Or, uranium, pétrole, lithium, terres agricoles. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger misent sur leur sous-sol pour construire ce qu’ils présentent comme une véritable indépendance, économique autant que politique.

Réunis depuis septembre 2023 au sein de l’Alliance des États du Sahel, ces trois pays ont fait de la maîtrise de leurs ressources naturelles un axe central de leur stratégie, après leur rupture avec la France et leur retrait de la Cédéao.

Réécrire les règles du jeu minier

Pour transformer cette ambition en réalité concrète, l’AES a engagé une révision en profondeur de ses relations contractuelles avec les entreprises minières internationales, ainsi qu’une refonte du cadre juridique encadrant l’exploitation des ressources du sous-sol.

Cette volonté de reprise en main s’est déjà traduite par des actes forts. Fin 2024, le gouvernement malien avait arrêté le patron de la société australienne Resolute Mining ainsi que deux de ses collaborateurs, dans le cadre d’un différend fiscal. Les employés n’avaient été libérés qu’après le versement de 160 millions de dollars, la société s’engageant à en verser 160 millions supplémentaires par la suite. Plusieurs cadres de la société canadienne Barrick Gold avaient connu un sort similaire, arrêtés sur leur site minier pour non-paiement d’impôts.

Ces méthodes, aussi spectaculaires que risquées, traduisent une approche assumée par les autorités sahéliennes, celle de faire payer aux multinationales le prix fort de leur présence sur des ressources désormais considérées comme un patrimoine national à valoriser en priorité.

Lire aussi :Union diplomatique entre CEDEAO et AES

Une coordination technique encore en construction

Sur le plan institutionnel, l’AES a franchi une étape supplémentaire en réunissant, le 13 août dernier à Ouagadougou, ses ministres chargés de l’Énergie, des Mines, des Carrières et du Pétrole, pour leur toute première rencontre commune. À cette occasion, le Premier ministre burkinabè, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a appelé à faire des ressources naturelles de véritables leviers d’industrialisation et de justice sociale, et non plus seulement des matières premières exportées à l’état brut.

Depuis le 10 août, des experts des trois pays travaillent à l’élaboration d’un cadre commun pour l’exploitation des ressources, avec plusieurs chantiers concrets à la clé, l’interconnexion des réseaux électriques, la mutualisation des capacités de production, le développement des énergies renouvelables, ainsi que la sécurisation des corridors pétroliers reliant les trois pays.

Cette dynamique s’accompagne également d’une architecture financière propre à la Confédération. La Banque confédérale d’investissement et de développement de l’AES, inaugurée fin décembre 2025 à Bamako avec un capital initial de 500 milliards de francs CFA, doit désormais financer les infrastructures, l’énergie, l’agriculture et l’industrialisation de l’ensemble confédéral.

Une souveraineté qui reste à consolider

Malgré ces avancées, plusieurs analyses spécialisées, notamment celles du centre de recherche marocain Policy Center for the New South, soulignent que cette ambition de souveraineté se heurte encore à des obstacles économiques, institutionnels et géopolitiques considérables. Les économies du Sahel restent en effet largement dépendantes de l’exportation de matières premières brutes, comme l’or, l’uranium, le coton, ou le bétail, sans disposer encore de capacités de transformation locale suffisantes pour capter davantage de valeur ajoutée sur leur propre sol.

Cette quête d’autonomie s’accompagne par ailleurs d’une recomposition géopolitique délicate à maîtriser. Les puissances occidentales, la Russie et la Chine se livrent une concurrence de plus en plus vive pour l’accès aux ressources stratégiques du Sahel, un contexte qui expose les trois pays de l’AES à de nouvelles formes de dépendance, potentiellement aussi contraignantes que celles dont ils cherchent à s’affranchir.

L’enjeu, pour l’Alliance des États du Sahel, consiste donc à transformer une ambition politique forte, largement affichée dans les discours officiels, en une véritable capacité de transformation industrielle. Un chantier de long terme, qui dépasse largement la seule question de la propriété des ressources, et qui déterminera, dans les années à venir, si cette souveraineté proclamée pourra réellement se traduire par un développement économique tangible pour les populations sahéliennes.

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