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Sénégal : Sonko lance la traque aux 2 milliards FCFA détournés

Au Sénégal, une nouvelle enquête parlementaire secoue la vie politique. Le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, et le groupe parlementaire Pastef ont lancé une commission d’enquête sur la gestion du programme « Un Étudiant, Un Ordinateur ». Plusieurs milliards de francs CFA sont concernés, dont un fonds d’environ deux milliards de francs dont l’origine reste floue.

Un programme sous surveillance depuis 2017

Le programme « Un Étudiant, Un Ordinateur » est piloté par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Depuis son lancement en 2017, il a représenté un engagement cumulé d’environ quarante huit milliards de francs CFA, avec une dépense annuelle moyenne d’environ six milliards de francs.

Selon les députés de Pastef, ce programme aurait fonctionné pendant des années en dehors du cadre légal des marchés publics. Ils évoquent la signature répétée de contrats sans appel d’offres, sans contrôle préalable de l’organisme chargé de vérifier les marchés publics, et sans l’approbation du ministère des Finances, pourtant obligatoire au delà d’un certain montant.

Ces manquements auraient déjà coûté cher à l’État. Un marché exécuté en dehors du cadre légal aurait conduit l’État à payer une seconde fois une somme proche d’un milliard deux cent cinquante millions de francs CFA. Des soupçons de détournement portant sur plus d’un milliard de francs sont également évoqués.

Un fonds de deux milliards sans explication claire

Un autre élément retient particulièrement l’attention des enquêteurs. Il s’agit d’un fonds de garantie logé auprès de la banque Ecobank, d’un montant d’environ deux milliards de francs CFA. Selon les députés, aucune information claire n’existe sur l’origine de cet argent, sur sa gestion, sur son responsable ou sur son utilisation réelle.

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Les parlementaires signalent aussi l’existence de treize comptes et sous comptes bancaires liés au programme, alors qu’un document officiel de passation de service n’en mentionnait que trois. Une somme de plus de huit cent soixante quatre millions de francs CFA aurait été utilisée sans documentation claire, et répartie sur ces différents comptes.

Autre découverte troublante, environ huit cents ordinateurs achetés avec des fonds publics dormiraient dans un entrepôt de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Ces appareils n’ont jamais été distribués aux étudiants et présenteraient des défauts de fonctionnement.

Des paiements suspects en 2023

Les enquêteurs se penchent aussi sur l’édition 2023 du programme. Une somme d’environ un milliard quatre cent quarante six millions de francs CFA aurait servi à payer plus de sept mille ordinateurs destinés à l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane. Le paiement aurait profité à une société intermédiaire qui n’avait pourtant aucun contrat officiel avec l’État.

Selon les députés, aucun document contractuel n’a pu être retrouvé pour justifier cette opération. Pire encore, l’État aurait été contraint de payer une deuxième fois pour les mêmes équipements.

Plusieurs responsables visés

La commission d’enquête vise un large éventail de personnes et d’institutions. Sont notamment concernés les ministres qui se sont succédé à l’Enseignement supérieur et aux Finances depuis 2017, ainsi que plusieurs directeurs et chefs de service. Les entités publiques impliquées dans la gestion du programme sont également dans le viseur des enquêteurs, tout comme certaines universités et sociétés privées ayant participé aux marchés contestés.

Pour Ousmane Sonko et ses alliés à l’Assemblée nationale, l’objectif est de faire toute la lumière sur ces irrégularités accumulées depuis huit éditions du programme. La commission d’enquête doit désormais mener ses investigations pour déterminer les responsabilités exactes dans cette affaire qui secoue la gestion des fonds publics destinés à l’éducation.

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