L’ancien président sénégalais Macky Sall quitte la course à la tête des Nations unies. Il l’a annoncé ce samedi 17 octobre 2026, au lendemain d’un nouveau vote informel du Conseil de sécurité.
Dans une déclaration datée de Marrakech, Macky Sall explique avoir pris sa décision après avoir consulté deux chefs d’État. Il s’agit d’Évariste Ndayishimiye, président du Burundi et président en exercice de l’Union africaine, et de Bassirou Diomaye Faye, président du Sénégal et président en exercice de la CEDEAO. Son message a circulé en début de journée sur ses réseaux sociaux avant d’être repris par la presse sénégalaise.
Une annonce faite depuis Marrakech
Macky Sall affirme que sa candidature reposait sur une idée simple. Il voulait mettre près de quarante ans de vie publique au service de l’ONU. Il reconnaît toutefois que les votes tests organisés depuis l’été dessinent une tendance. Cette tendance favorise un profil venu d’Amérique latine et des Caraïbes, possiblement une femme.
Il dit donc vouloir faciliter l’émergence d’une candidature de consensus au sein du Conseil de sécurité. L’ancien chef de l’État en profite pour plaider pour une réforme des méthodes de travail de l’organisation. Il demande aussi que l’Afrique pèse davantage dans les décisions internationales. Enfin, il assure rester engagé pour la paix, la sécurité, le développement et la coopération entre les nations.
Pour comprendre la portée de ce retrait, il faut rappeler comment fonctionnent ces votes. Chacun des quinze membres du Conseil de sécurité répond par encourager, décourager ou sans opinion. Les cinq membres permanents utilisent des bulletins d’une autre couleur. Cela permet de savoir si un candidat risque un veto. Un seul refus d’une grande puissance peut suffire à ruiner une campagne, même avec beaucoup de soutiens ailleurs.
Une candidature née dans la controverse
Le dossier de Macky Sall a été déposé à New York le 2 mars 2026. C’est le Burundi, qui présidait alors l’Union africaine, qui l’a porté. Très vite, la question du soutien du continent s’est posée. La procédure dite du silence, qui devait permettre à l’Union africaine d’appuyer officiellement le candidat, n’a pas abouti. Vingt pays ont fait connaître leur opposition avant la date limite du 27 mars.
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L’intéressé a pourtant maintenu sa candidature. Son équipe a indiqué ensuite que l’Égypte et le Libéria avaient levé leurs objections. Selon elle, 18 États restaient réservés, entre refus et demandes de délai supplémentaire.

À Dakar aussi, le climat était tendu au départ. Le président Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko reprochent à l’ancien régime des fautes de gestion. Plusieurs titres de la presse sénégalaise ont pourtant rapporté, en juillet, que l’État avait fini par soutenir la démarche. Macky Sall remercie d’ailleurs le chef de l’État dans son message d’adieu à la course.
Sur le terrain des votes informels, l’élan n’est jamais venu. D’après les chiffres relayés par la presse, il a recueilli six voix d’encouragement lors du deuxième sondage, en août. En septembre, il aurait reçu cinq encouragements contre neuf avis défavorables. Pendant ce temps, la Costaricienne Rebeca Grynspan et la Guyanienne Carolyn Rodrigues Birkett s’installaient en tête du classement. Sept noms étaient en lice cet été, dont l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique Rafael Grossi et l’Ougandais Olara Otunnu.
Que retenir pour l’Afrique ?
Ce retrait rappelle une réalité souvent oubliée du grand public. Le secrétaire général n’est pas choisi sur la base d’un tour de rôle écrit dans la Charte des Nations unies. Pourtant, une coutume de rotation entre régions du monde pèse beaucoup dans les esprits des diplomates.
L’Afrique a déjà occupé le poste à deux reprises. L’Égyptien Boutros Boutros Ghali l’a dirigé de 1992 à 1996, puis le Ghanéen Kofi Annan de 1997 à 2006. L’Amérique latine, elle, n’a plus eu de secrétaire général depuis le Péruvien Javier Pérez de Cuéllar, qui est parti fin 1991. Et aucune femme n’a jamais dirigé l’ONU. Ces deux arguments reviennent sans cesse dans les couloirs de New York cette année, et ils expliquent en partie la direction que prend la course.
La leçon pour les ambitions africaines est claire. Une candidature a besoin d’un appui net de son propre continent avant d’aller convaincre les capitales qui comptent. Quand ce soutien est discuté dès le départ, la route devient beaucoup plus étroite.
Pour le grand public, l’enjeu est concret. Le secrétaire général dirige un système qui emploie des dizaines de milliers de personnes, coordonne l’aide humanitaire et sert souvent de médiateur dans les conflits. Son choix compte donc bien au delà des diplomates.
La suite appartient maintenant au Conseil de sécurité. Il devra s’entendre sur un nom, puis le proposer à l’Assemblée générale, qui votera officiellement. Le mandat d’António Guterres s’achève le 31 décembre 2026, et son successeur doit prendre ses fonctions le 1er janvier 2027. Le calendrier se resserre donc, et les négociations entre les grandes puissances vont s’intensifier dans les prochaines semaines.


