L’Égypte a ordonné à un conseiller de l’ambassade d’Éthiopie au Caire de quitter le pays dans un délai de 48 heures. Elle répond ainsi à la décision d’Addis-Abeba, qui avait expulsé la veille un diplomate égyptien.
Une réponse au nom de la réciprocité
Tout commence le jeudi 1er octobre 2026. L’Éthiopie déclare un diplomate égyptien persona non grata. Elle ne donne aucun motif. L’information vient d’une note verbale publiée par la télévision d’État éthiopienne. Le diplomate doit quitter le territoire sous 48 heures.
Le lendemain, vendredi 2 octobre, Le Caire réplique. Un haut responsable égyptien, cité par l’agence d’État MENA, explique que son pays regrette la décision éthiopienne. Il qualifie cette mesure d’injustifiée. Il précise que l’Égypte applique le principe de réciprocité. Un conseiller de l’ambassade d’Éthiopie est donc déclaré persona non grata et doit partir dans le même délai de 48 heures.
Le responsable égyptien ajoute que son pays rejette toute ingérence dans les affaires intérieures des autres États. Il dit aussi que l’Égypte s’abstient de commenter la situation interne de l’Éthiopie ou d’autres pays. Il invoque le droit international et la Charte des Nations unies.
Ni l’une ni l’autre capitale n’explique donc vraiment la cause de la crise. L’Éthiopie n’a pas dit pourquoi elle écartait le diplomate égyptien. L’Égypte présente son geste comme une simple réponse, et non comme une décision de fond.
Une région sous tension
Cet échange d’expulsions arrive dans un contexte déjà très tendu. L’Éthiopie vient de fermer son ambassade à Asmara, la capitale de l’Érythrée. Elle a aussi déclaré dix diplomates érythréens persona non grata. L’Érythrée a répondu en annonçant la rupture de ses relations diplomatiques avec l’Éthiopie. Elle dénonce des actes hostiles.
L’Éthiopie a de son côté accusé récemment l’Égypte, le Soudan et l’Érythrée de soutenir le Front de libération du peuple du Tigré. Ce mouvement a lancé une offensive contre les forces du gouvernement. Le Caire n’a pas réagi officiellement à ces accusations. Khartoum les rejette. Il faut rester prudent. L’Éthiopie n’a pas indiqué que ces accusations étaient la raison de l’expulsion du diplomate égyptien.
Les relations entre l’Égypte et l’Éthiopie sont difficiles depuis plusieurs années. La cause principale est le Grand barrage de la Renaissance, que l’Éthiopie a construit sur le Nil Bleu. L’Égypte y voit une menace pour sa part des eaux du Nil. Pour un pays très dépendant du fleuve, l’enjeu est vital.
Un autre dossier irrite Addis-Abeba. En août 2024, l’Égypte a signé un accord militaire avec la Somalie. Peu après, des avions cargos égyptiens ont livré des armes et des équipements à l’armée somalienne. L’Éthiopie a alors dénoncé des initiatives qui, selon elle, déstabilisent la région.
L’Union africaine appelle les trois pays, l’Éthiopie, l’Érythrée et l’Égypte, à apaiser les tensions. Elle insiste sur la nécessité de garder ouverts les canaux de communication. Elle demande de régler les différends par le dialogue et la voie diplomatique. Elle se dit prête à soutenir les efforts de désescalade.
Le cadre a de l’importance. Addis-Abeba abrite le siège de l’Union africaine. La crise se joue donc à quelques kilomètres des bureaux de l’organisation qui appelle au calme. Cela donne à cet épisode une portée bien plus large qu’une simple querelle entre deux pays.
Ce que signifie une expulsion diplomatique
L’expression persona non grata revient souvent dans l’actualité. Elle désigne un diplomate que le pays d’accueil ne veut plus accepter. Selon la Convention de Vienne de 1961, un État peut le décider à tout moment, sans avoir à expliquer ses raisons. Le pays d’origine doit alors rappeler son diplomate ou mettre fin à ses fonctions.
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Dans la pratique, la réponse est presque toujours symétrique. C’est ce que l’on appelle la réciprocité. Un État expulse autant de diplomates que l’autre, souvent dans le même délai. Le message est clair. Il montre que l’on ne laisse pas passer l’affront, mais qu’on ne cherche pas à aller plus loin.
Cette mesure reste d’ailleurs plus limitée qu’une rupture des relations diplomatiques, comme celle annoncée par l’Érythrée. À ce stade, rien n’indique que les ambassades de l’Égypte et de l’Éthiopie ferment leurs portes. Les liens officiels ne sont pas rompus, même si le ton se durcit.
Les prochains jours diront si l’épisode en reste là. Plusieurs points restent à suivre. On saura si l’Éthiopie répond encore et si l’Union africaine parvient à ouvrir une discussion. On verra surtout comment évolue le conflit au Tigré, qui nourrit les soupçons entre les capitales. Une chose est sûre. Dans cette région, les relations entre voisins pèsent sur toute la stabilité de la Corne de l’Afrique et du bassin du Nil.


