Deux mois après la déclaration officielle de la 17e épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, la situation sanitaire s’aggrave sur deux fronts à la fois : celui du virus, qui continue de gagner du terrain, et celui d’une riposte fragilisée par la colère de son propre personnel soignant.
Un bilan qui s’alourdit de jour en jour
Déclarée le 15 mai dans la province de l’Ituri, à l’est du pays, l’épidémie s’est propagée à cinq provinces. Le dernier bilan officiel, communiqué le 15 juillet, fait état de plus de 2 000 cas confirmés et de 754 décès. La maladie est causée par le variant Bundibugyo du virus Ebola, une souche rare contre laquelle il n’existe à ce jour ni vaccin homologué ni traitement approuvé.
Selon un rapport publié par le bureau régional Afrique de l’Organisation mondiale de la santé, l’ampleur réelle de l’épidémie pourrait être de deux à quatre fois supérieure au bilan officiel, en raison de chaînes de transmission non détectées et d’un nombre élevé de décès survenus au sein des communautés, loin des structures de soins.
L’organisation évoque même la croissance la plus rapide observée en un mois depuis le début de l’épidémie, et la plus rapide de toutes les flambées d’Ebola jamais suivies par ses équipes.
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La grève qui paralyse l’épicentre de la riposte
C’est dans ce contexte déjà tendu qu’une crise sociale est venue s’ajouter à la crise sanitaire.
À l’hôpital général de Rwampara, en Ituri, l’une des localités les plus touchées du pays , des dizaines de soignants se sont mis en grève lundi 13 juillet pour dénoncer des mois de salaires et de primes impayés.
Le personnel mobilisé, qui compte des épidémiologistes, des enquêteurs sanitaires, des chauffeurs d’ambulance et des fossoyeurs, a bloqué la route menant à l’établissement et brûlé des pneus devant l’entrée principale, forçant la fermeture temporaire du centre de traitement.Sur le terrain, l’incompréhension domine.
Un agent de santé de la zone sanitaire de Rwampara a résumé la situation à l’Associated Press en expliquant ne pas comprendre comment il est possible de rester si longtemps sans rémunération.
D’autres soignants, engagés depuis le tout début de l’épidémie en mai, affirment travailler sans être payés depuis lors.
Le docteur Pascal Bahoya, en première ligne dans la lutte contre le virus, a résumé le dilemme auquel son équipe fait face : nous continuons à les soigner parce que c’est notre serment, tout en reconnaissant des conditions de travail très difficiles.
Un ultimatum de 48 heures a été lancé pour exiger le versement des sommes dues, faute de quoi les grévistes menacent de déclencher une « grève sèche », c’est-à-dire un arrêt total des activités sans service minimum un scénario qui priverait les malades de toute prise en charge dans l’un des foyers les plus actifs de l’épidémie.

Une riposte déjà à bout de souffle
Cette fronde sociale intervient alors que le système de santé congolais, l’un des plus sous-dotés au monde, peine déjà à suivre le rythme de propagation du virus.
Sur le terrain, l’OMS constate un manque criant de moyens logistiques, notamment d’ambulances, dans une région où la maladie se combine à des conflits armés actifs, à des déplacements massifs de population et à des infrastructures détruites.
Plusieurs millions de personnes sont déjà déplacées dans les provinces les plus touchées, un facteur qui complique considérablement le traçage des cas contacts et les campagnes de sensibilisation.
L’épidémie d’Ebola n’est d’ailleurs pas la seule urgence à laquelle fait face le pays : la RDC gère simultanément d’importantes flambées de choléra, de rougeole et de mpox, ce qui disperse encore davantage des ressources sanitaires déjà limitées.
Face à la grogne du personnel, les autorités congolaises ont reconnu des « retards de paiement ».
Le ministre de la Santé, Samuel Roger Kamba, s’est rendu en Ituri pour tenter d’apaiser les tensions, assurant que la question, qualifiée de simple problème d’organisation, serait résolue.
Une promesse que les grévistes attendent désormais de voir suivie d’effets, alors que plus d’un milliard et demi de dollars ont pourtant été mobilisés par les partenaires internationaux et les nations africaines pour soutenir la riposte.
Entre un virus qui accélère et un personnel soignant à bout, la course contre la montre engagée depuis deux mois en RDC illustre une réalité amère : sans les femmes et les hommes qui soignent au quotidien, aucune stratégie sanitaire, aussi bien financée soit-elle sur le papier, ne peut tenir.


