Plus de 40 journalistes burkinabè ont récemment échangé leurs micros et leurs carnets contre des treillis militaires. Cette formation, présentée comme une « immersion patriotique », suscite une vive inquiétude chez les défenseurs de la liberté de la presse.
Une semaine à l’académie de police
Du 9 au 14 août 2026, exactement 44 professionnels des médias burkinabè ont suivi cinq jours d’entraînement militaire. La formation s’est déroulée à l’académie de police de Pabré, à une vingtaine de kilomètres de Ouagadougou.
Le programme était intense. Il comprenait l’école du soldat, des cours de secourisme tactique et une initiation au maniement des armes. Des instructeurs de la police nationale ont encadré les participants tout au long du stage. La session s’est achevée le 14 août par des exercices pratiques sur un champ de tir.
Une obligation annuelle désormais
Le ministère de la Sécurité a annoncé que ce dispositif deviendra une obligation chaque année. Il concernera tous les médias du pays, qu’ils soient publics ou privés.
Ce type de formation n’est pas totalement nouveau au Burkina Faso. L’an dernier déjà, une initiative semblable avait été rendue obligatoire pour les élèves admis au baccalauréat.
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Ce que dit le pouvoir
Le directeur général de l’académie de police, Lassina Traoré, a représenté le ministre de la Sécurité lors de cette session. Selon lui, ce stage permet aux journalistes de mieux comprendre le terrain sécuritaire dans lequel évolue le pays.
Un journaliste ayant participé à la formation, délégué de sa promotion, a salué l’initiative. Il estime qu’il est utile pour les professionnels des médias de mieux connaître les méthodes de travail des forces de sécurité dans le contexte actuel.
Le contexte sécuritaire du pays
Le Burkina Faso vit depuis plus d’une décennie sous la menace de groupes armés liés à Al-Qaïda et au groupe État islamique. Depuis 2015, ces violences ont fait des milliers de morts. Plus de deux millions de personnes ont dû fuir leur foyer, l’un des taux de déplacement interne les plus élevés au monde par rapport à la population.

Le capitaine Ibrahim Traoré dirige le pays depuis un coup d’État en 2022. Son régime militaire évoque une « révolution progressiste populaire » pour justifier ses actions.
Les inquiétudes de Reporters sans frontières
Cette obligation faite aux journalistes inquiète fortement les organisations de défense de la presse. Reporters sans frontières a réagi par la voix de Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de l’organisation.
Selon lui, cette initiative envoie un signal très préoccupant pour la liberté de la presse. Il rappelle que les journalistes ne sont pas des soldats. Ils ne doivent pas devenir des porte-voix de l’effort de guerre, habillés en treillis et une arme à la main.
Un climat déjà tendu pour la presse burkinabè
Cette formation militaire s’inscrit dans un contexte plus large de pression sur les médias au Burkina Faso. Des journalistes burkinabè ont déjà été enrôlés de force dans le passé. Le cas du journaliste Serge Oulon reste marquant. Il est toujours détenu, deux ans après avoir été enlevé à Ouagadougou.
En mars 2025, l’Association des journalistes du Burkina Faso avait par ailleurs été dissoute par décision de la junte militaire. Les autorités avaient justifié cette dissolution par un non-respect de la loi de 2015 régissant les associations.
Ce qu’il faut retenir
La formation militaire imposée aux journalistes burkinabè marque une nouvelle étape dans les relations entre le pouvoir et la presse du pays. Présentée par les autorités comme un outil de compréhension du contexte sécuritaire, elle est perçue par les organisations internationales comme une menace supplémentaire pour l’indépendance des médias. Le débat promet de se poursuivre, d’autant que cette immersion patriotique doit désormais avoir lieu chaque année.


