Pendant des mois, un projet de recherche sur le vaccin contre l’hépatite B a divisé la Guinée-Bissau, les scientifiques et l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Début novembre 2026, Bissau a fermé le dossier : l’essai n’aura pas lieu.
Une étude qui a fait bondir
Le projet était porté par des chercheurs danois, rattachés au Bandim Health Project, avec un financement en partie américain. Son principe : suivre 14 000 nouveau-nés à Bissau. La moitié devait recevoir le vaccin contre l’hépatite B dès la naissance, l’autre moitié seulement à six semaines, ce qui correspond au calendrier actuel du pays.
Sur le papier, il s’agissait de comparer deux groupes. Dans les faits, cela revenait à retarder volontairement la protection de la moitié des bébés. Or l’OMS recommande depuis plusieurs décennies une première dose dans les 24 heures qui suivent la naissance, une pratique appliquée dans plus de 115 pays. Selon l’organisation, cette dose empêche la transmission du virus de la mère à l’enfant dans 70 à 95 % des cas.
Le contexte local rend le sujet plus sensible encore. Plus de 12 % des adultes bissau-guinéens vivent avec une hépatite B chronique selon l’OMS, et certaines études évoquent même un adulte sur cinq.
Une succession de revirements
Le feuilleton a duré presque un an :
- Novembre 2025 : le comité national d’éthique valide le protocole, avant le coup d’État militaire dans le pays.
- 22 janvier 2026 : le ministre de la Santé, Quinhim Nantote, annonce que l’essai est « suspendu ou annulé ». Les mots changent d’une phrase à l’autre, et les chercheurs danois démentent un temps toute suspension.
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- Février 2026 : l’OMS critique publiquement le projet, jugé contraire à l’éthique.
- Fin septembre 2026 : le comité d’éthique de l’université du Danemark du Sud approuve l’étude lors d’un vote. Six de ses quinze membres démissionnent pour protester.
- Début octobre : les autorités bissau-guinéennes donnent à nouveau leur feu vert.
- Début novembre : la police place des vaccins sous scellés, le gouvernement interdit les essais de vaccins impliquant des enfants, et l’étude est abandonnée.
Pourquoi tant de colère ?
Le principe éthique. En recherche médicale, on n’accepte généralement de priver un groupe d’un traitement que si aucun traitement efficace n’existe. Ici, il existe : un vaccin sûr, éprouvé, utilisé dans le monde entier. C’est l’argument central de l’OMS. Un membre démissionnaire du comité danois a résumé la situation en dénonçant une « loterie » dans laquelle on inscrivait des nouveau-nés.
L’arrière-plan politique. Le projet est apparu au moment où l’administration américaine actuelle, et son ministre de la Santé Robert F. Kennedy Jr., multiplient les critiques envers certaines vaccinations. Plusieurs observateurs ont redouté que l’étude serve à alimenter des campagnes antivaccins à l’échelle mondiale. Les chercheurs, eux, défendent un autre point de vue : ils estiment que les vaccins devraient aussi être étudiés pour leurs effets dits « non spécifiques », par exemple sur la santé générale ou le développement de l’enfant. Ce débat scientifique existe, mais il ne règle pas la question de la méthode choisie.

La confiance des familles. Une enquête du magazine ZAM a montré des parents désorientés, qui cherchaient des réponses sur les réseaux sociaux faute d’information officielle claire. Des professionnels de santé locaux craignent que la polémique rende l’hépatite B suspecte aux yeux d’une partie de la population, alors que le pays prévoit d’introduire la dose de naissance à l’échelle nationale d’ici 2028.
Ce que cette affaire nous apprend
On peut en retenir trois leçons.
- L’éthique ne se négocie pas selon le lieu. Un protocole jugé inacceptable dans un pays riche ne devient pas acceptable parce qu’il est mené dans un pays où les besoins de santé sont élevés. Un médecin interrogé dans la presse l’a souligné : ce type d’essai serait impensable aux États-Unis.
- La souveraineté sanitaire passe par l’information. La décision finale revient bien à la Guinée-Bissau, comme l’a rappelé l’Africa CDC. Mais une décision n’est solide que si les citoyens comprennent ce qui est en jeu.
- Un vaccin protège autant par la confiance que par la science. Chaque polémique mal expliquée peut ralentir une couverture vaccinale que des années d’efforts ont construite.
Et maintenant ?
L’essai est enterré, mais le vrai chantier commence : rassurer les parents, rappeler que le vaccin contre l’hépatite B est sûr et recommandé, et accélérer l’introduction de la dose de naissance. Pour les nouveau-nés bissau-guinéens, c’est cela qui compte.


