Le Bénin change de chef à la tête de son armée. Le général Abou Issa, officier de carrière marqué par la tentative de coup d’État de décembre 2025, prend le commandement des forces armées.
C’est le Conseil des ministres du mercredi 4 novembre 2026 qui a tranché. Le président Romuald Wadagni a nommé le général de corps d’armée Abou Issa chef d’état-major général, en remplacement du général Fructueux Gbaguidi, en poste depuis 2022. Voici les cinq points essentiels pour comprendre qui est cet homme.
Cinq choses à retenir
1. Un militaire de près de quarante ans de carrière. Abou Issa a intégré les Forces armées béninoises le 1er octobre 1986, après un baccalauréat au Prytanée militaire de Saint-Louis, au Sénégal. Il s’est ensuite formé à Madagascar en 1990, à l’École supérieure des officiers de Porto-Novo en 2007, puis à l’École de guerre de Pékin en 2012. Un parcours qui mêle écoles africaines et formation à l’étranger.
2. Un homme de terrain et de palais. Il a commandé la Garde présidentielle en 2006, puis le Prytanée militaire de Bembèrèkè de 2007 à 2011. Entre 2012 et 2016, il a travaillé au cabinet militaire du chef de l’État, dont il est devenu directeur. Il a ensuite été adjoint à la tête des forces terrestres jusqu’en 2021, avant de diriger l’armée de terre à partir du 12 avril 2022.

3. L’ami d’enfance de son prédécesseur. Selon RFI, Abou Issa, 60 ans, est un ami d’enfance du général Gbaguidi. Les deux hommes ont fait tout leur parcours côte à côte, au point d’être surnommés « les frères », malgré des styles très différents. Il a même été son adjoint pendant six ans à l’armée de terre. Autrement dit, il connaît la maison de l’intérieur.
Lire aussi : L’université de Cambridge restitue 116 artefacts à Benin city
4. Un officier au cœur de la nuit du 7 décembre 2025. Ce jour-là, des militaires menés par le lieutenant-colonel Pascal Tigri ont annoncé à la télévision la destitution du président Patrice Talon. Les mutins ont aussi visé le domicile d’Abou Issa. Selon plusieurs sources militaires, il a été retenu en otage avant d’être libéré dans la nuit du 7 au 8 décembre. Le gouvernement, lui, retient surtout qu’il a opposé une riposte déterminante aux mutins qui avaient attaqué sa résidence. Le putsch a été déjoué le jour même, avec l’appui militaire du Nigeria dans le cadre de la CEDEAO, puis celui de la France.
5. Un général quatre étoiles. Après ces événements, le Conseil des ministres l’a promu général de corps d’armée, le plus haut grade de l’armée béninoise. Il a reçu ses quatre étoiles en janvier 2026, lors d’une cérémonie en présence de hautes autorités civiles et militaires.
Une nomination sans explication officielle
Le Conseil des ministres n’a donné aucune raison pour ce changement. Il a seulement annoncé que le général Gbaguidi devient secrétaire permanent du Conseil de défense et de sécurité, rattaché à la présidence. Il reste donc dans le cercle proche du pouvoir. Rien ne permet d’en dire plus pour l’instant, et mieux vaut éviter les suppositions.
Le changement touche aussi d’autres postes. Le colonel André Dokoui Fofo est cité à la tête de l’armée de terre. D’après RFI, celle-ci revient au commandant de l’opération Mirador, le dispositif antiterroriste déployé dans le nord. Le colonel Hervé Sètondji Allotchenou prend l’armée de l’air et le capitaine de vaisseau major Dossa Hounkpatin la marine. La Garde nationale revient au colonel-major Codjo Saturnin Obelakoun.
Il faut noter un hasard de calendrier. Le départ du général Gbaguidi intervient alors que le commandant en chef des forces armées d’Haïti est en visite au Bénin. Aucun lien n’est établi entre les deux événements.
Les défis qui l’attendent
Le chef d’état-major général coordonne l’ensemble des composantes de l’armée et conduit les opérations. C’est un poste de commandement, mais aussi de réformes.

Son prédécesseur laisse un héritage chargé. Son mandat a été dominé par la lutte contre le terrorisme dans le nord du pays. Il a revu l’organisation de la défense dans cette région, introduit des drones et modernisé l’enseignement militaire. Les attaques jihadistes ont coûté cher à l’armée, mais les troupes continuent de tenir le terrain.
Abou Issa a mené ces combats aux côtés du général Gbaguidi, ce qui laisse penser à une certaine continuité. En 2025, il estimait déjà que la complexité des menaces demandait une réponse adaptée aux réalités du terrain. Cette idée devrait guider son action.
Au fond, le Bénin confie son armée à un homme qui connaît à la fois les casernes, le palais et les zones de combat. Reste à voir comment il gérera l’équilibre entre loyauté, réformes et sécurité du Nord, trois chantiers qui détermineront son bilan.


