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Gabon : après huit mois de coupure, les réseaux sociaux font leur grand retour

Facebook, TikTok, Instagram et YouTube sont de nouveau accessibles au Gabon. Mais ce retour s’accompagne de nouvelles règles que chaque utilisateur doit connaître.

Huit mois de silence numérique

Tout a commencé le 17 février 2026. Ce soir-là, la Haute Autorité de la communication, la HAC, annonce la suspension immédiate des réseaux sociaux « jusqu’à nouvel ordre ». Elle parle de contenus jugés dangereux pour la cohésion sociale, la stabilité des institutions et la sécurité nationale.

Dans les faits, Facebook, TikTok, YouTube et Instagram ont été coupés. WhatsApp a continué de fonctionner, mais de façon partielle. Le pouvoir affirmait qu’il ne s’agissait pas d’une coupure d’Internet. Pour les habitants, la différence était mince.

La décision est tombée dans un moment tendu. Le président Brice Oligui Nguema faisait face à une grève des enseignants, la première vague de contestation sociale de son mandat. L’opposant Alain-Claude Bilie-By-Nze avait dénoncé un climat de peur et de répression. Plusieurs recours en justice ont été déposés contre la mesure. Tous ont été rejetés.

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Les Gabonais ne sont pas restés sans réponse. Beaucoup ont utilisé des réseaux privés virtuels, les fameux VPN, pour contourner le blocage. Le fournisseur Proton a indiqué que les téléchargements de son VPN avaient augmenté de 60 000 % dès le lendemain de l’interdiction.

Une facture lourde pour l’économie et les créateurs

Pour beaucoup de Gabonais, les réseaux sociaux ne sont pas un simple loisir. Ils servent à vendre, à trouver des clients, à promouvoir une musique ou à faire vivre un média en ligne. Dès les premiers jours, des commerçants et des journalistes ont expliqué que leur activité dépendait directement de ces plateformes.

Un vendeur expliquait qu’il écoulait ses produits grâce à TikTok et à Facebook. Le rédacteur en chef d’un média en ligne disait que l’essentiel de ses revenus venait du trafic généré par les réseaux. Pour eux, la coupure voulait dire moins de clients et moins de ressources, du jour au lendemain.

Les chiffres donnent la mesure du choc. L’organisation Paradigm Initiative a estimé les pertes à près de 2 milliards de FCFA en 48 heures. De son côté, l’Association gabonaise des professionnels du numérique, l’AGP, a évoqué des pertes de 40 à 60 millions de FCFA par jour pour les opérateurs dont le chiffre d’affaires repose en grande partie sur les forfaits d’accès aux réseaux sociaux.

Ces chiffres viennent d’organisations différentes et mesurent des choses différentes. Ils disent pourtant la même chose. Couper les réseaux sociaux coûte cher, et ce sont souvent les petits acteurs qui paient le plus. Le Gabon n’est d’ailleurs pas un cas isolé en Afrique. Plusieurs pays ont déjà limité l’accès aux plateformes en période de tension, avec des résultats économiques souvent lourds.

Ce qui change depuis le 24 octobre

Samedi 24 octobre 2026, le porte-parole de la HAC, Jean-Claude Franck Mendome, a annoncé la levée de la suspension lors d’une déclaration à la télévision nationale. Selon la HAC, cette pause devait permettre au gouvernement d’adapter son cadre juridique pour mieux encadrer l’usage des réseaux sociaux.

Le retour n’est donc pas un retour à l’identique. Depuis octobre, l’identification formelle des utilisateurs est obligatoire. Les Gabonais doivent fournir une pièce d’identité officielle, ce qui met fin à l’anonymat en ligne. Les modalités techniques de cette obligation restent à préciser, et beaucoup de questions se posent sur la protection des données personnelles.

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