Le capitaine Ibrahim Traoré a dressé le bilan de ses quatre années à la tête du Burkina Faso lors d’un long échange avec la presse, le dimanche 27 septembre 2026. Ce mercredi 30 septembre, jour anniversaire de sa prise de pouvoir, une grande Nuit de la révolution est prévue à la place de la Nation, à Ouagadougou.
Sécurité et souveraineté au premier plan
Le chef de l’État a placé la lutte contre le terrorisme en tête de son bilan. Il affirme que plusieurs localités ont été reconquises et que des populations ont pu y être réinstallées. Selon lui, l’armée dispose de combattants aguerris, d’un équipement important et d’une capacité à se déployer vite sur tout le territoire.
Sur le plan diplomatique, le Burkina Faso a rompu ses relations avec la France. Interrogé sur un possible retour en arrière, Ibrahim Traoré a répondu que les relations ne pourraient plus être comme avant. Il n’exclut pas non plus de mettre fin à la coopération avec l’Union européenne en cas de manque de respect. Il a aussi salué le retrait des pays de l’AES de la Cour pénale internationale, qu’il présente comme un instrument de domination.

Avec le Mali et le Niger, l’Alliance des États du Sahel avance à un rythme prudent mais régulier, selon lui. La force unifiée se met en place. Une banque de l’AES se constitue grâce aux taxes prélevées. Avec la CEDEAO, il souhaite une cohabitation qui facilite la libre circulation des personnes et des biens.
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Économie, agriculture et infrastructures
Le président affirme que le pays se porte mieux qu’il y a quatre ans. Il met en avant la hausse des recettes, la lutte contre la fraude douanière et la reprise en main d’entreprises comme la SN Citec, pour l’huile et le savon, et la SN SOSUCO, pour le sucre. D’après lui, leur chiffre d’affaires a progressé depuis leur nationalisation. Il cite aussi l’Agence pour la promotion de l’entrepreneuriat communautaire, qui a permis de lancer des unités de transformation de tomates à Bobo-Dioulasso et à Tenkodogo.

Dans l’agriculture, une deuxième phase de l’Offensive agropastorale couvre la période 2026 à 2028. L’objectif est de produire en toute saison. L’État veut rapprocher les semences et les engrais des producteurs et multiplier les aménagements hydrauliques. Le président assure que les barrages et retenues d’eau réalisés en trois ans représentent deux à trois fois ceux de toute l’histoire du pays. Il vise même à quintupler les superficies exploitées, en passant peu à peu de l’irrigation gravitaire à l’irrigation par aspersion.
Côté routes, les travaux de l’autoroute entre Ouagadougou et Bobo-Dioulasso se poursuivent malgré les pluies. Le pouvoir dit vouloir s’appuyer sur des matériaux locaux comme la latérite et le granit, avec des centrales de concassage en cours d’installation. Seuls le carburant et le bitume doivent encore venir de l’extérieur. Sur l’énergie, le président parle d’un projet de centrale nucléaire qui serait mené par des Burkinabè, sans précipitation. La presse locale signale aussi que quatre centrales thermiques ont renforcé le réseau électrique ces dernières semaines.

Sur la vie chère, Ibrahim Traoré reconnaît que la flambée des prix mondiaux échappe au contrôle de l’État. Il promet pourtant des mesures. La structure Faso Yaar doit disposer de grands entrepôts où les commerçants viendraient s’approvisionner, avec des produits importés uniquement par l’État. Il menace les spéculateurs, qu’il accuse de vouloir déstabiliser son régime.
Dans l’éducation, un programme d’immersion patriotique a commencé avec les bacheliers. Le gouvernement veut aussi garder au pays les meilleurs d’entre eux pour freiner la fuite des cerveaux.
Ce qu’il faut garder en tête
Ce bilan est d’abord présenté par le pouvoir. La plupart des chiffres et des comparaisons historiques viennent du discours officiel. Ils demandent à être confirmés par des données indépendantes, ce qui reste difficile dans un pays où la presse travaille sous pression.

La sécurité demeure le sujet le plus sensible. L’insurrection jihadiste n’a pas disparu, et reconquérir une localité ne veut pas toujours dire la garder durablement. Sur le plan politique, la transition a été prolongée de 60 mois en 2024, ce qui la mène jusqu’en 2029. Le président annonce une nouvelle Constitution, mais affirme qu’il faut d’abord « tuer l’esprit politicien ». Des observateurs et des organisations critiquent le recul des libertés d’expression.
Pour un lecteur africain, l’intérêt dépasse le seul cas burkinabè. Ouagadougou teste un modèle fondé sur la maîtrise nationale des ressources, de l’énergie et de la formation. Beaucoup de pays regardent de près ce que cela donne dans la vie quotidienne. Trois épreuves compteront plus que les discours. Le prix du panier des ménages, l’emploi des jeunes et la sécurité des populations diront si ces quatre années ont vraiment changé la vie des Burkinabè.


