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Biens mal acquis : le message du PDG gabonais face à la justice française

Le Parti démocratique gabonais a fini par prendre la parole. Dans l’affaire des biens mal acquis, il dit vouloir laisser la justice française travailler, tout en défendant la mémoire d’Omar Bongo.

Précisons d’emblée que PDG désigne ici le parti fondé par Omar Bongo, et non un président directeur général.

Un message de prudence et de mémoire

Le 19 septembre 2026, le parti a rendu publique une déclaration. Elle a été lue par sa secrétaire générale, Angélique Ngoma. Le président du parti, Blaise Louembe, était présent.

Le texte prend acte des observations déposées le 8 septembre à Paris par les avocats de l’État gabonais. Le PDG affirme respecter l’indépendance de la justice et le droit à un procès équitable. Il dit ne pas vouloir interférer dans la procédure.

Le parti reconnaît aussi que la République gabonaise a le droit de chercher à récupérer d’éventuels biens qui lui appartiennent. Il refuse en revanche qu’un dossier judiciaire résume à lui seul 42 ans passés à la tête de l’État. Pour ses dirigeants, le bilan politique d’Omar Bongo et les faits examinés par les juges sont deux sujets différents.

Blaise Louembe a aussi appelé à l’apaisement. Il a assuré que le parti se plierait à la décision des juges, quelle qu’elle soit. Il a demandé que l’affaire ne soit pas instrumentalisée, ni dans un sens ni dans l’autre.

Lire aussi : Détournement de fonds au Gabon

Ali Bongo sort de son silence

Le parti n’a pas parlé d’une seule voix. Ali Bongo Ondimba, renversé en août 2023, s’est lui aussi exprimé le 19 septembre dans une vidéo consacrée à cette affaire. Selon Africa Radio, il n’avait rien dit depuis plusieurs mois.

Ce lundi 28 septembre, Ali Akbar Onanga Y’Obegue, présenté par cette radio comme secrétaire général du PDG, a commenté cette prise de parole. D’après lui, l’ancien président veut avant tout défendre la mémoire de son père. Il ne chercherait plus de mandat national, mais souhaiterait garder un rôle politique à travers le parti.

Sur le fond, le ton reste mesuré. Ali Akbar Onanga Y’Obegue estime que la justice française n’a pas trouvé d’élément pour renvoyer Ali Bongo devant un juge. Il ne s’oppose pas à la récupération de fonds dont l’origine frauduleuse serait établie. Il rappelle que c’est le régime d’Ali Bongo qui avait obtenu, en mars 2023, que la République se constitue partie civile.

Sur les accusations de détournement, il prend soin de ne rien affirmer. Il ne dit pas qu’il n’y en a pas eu. Il dit que rien n’est établi et que c’est précisément le rôle de l’instruction.

Le parti présidentiel, l’UDB, a répondu. Pour lui, être partie civile ne revient pas à déclarer quelqu’un coupable. Il rappelle que le parquet, la partie civile et les magistrats ont chacun leur rôle. Son objectif affiché est que les sommes récupérées profitent directement au pays.

Une affaire qui dépasse le Gabon

Pour comprendre l’enjeu, il faut remonter à 2007. Cette année-là, Transparency International France et l’association Sherpa déposent plainte à Paris. Elles visent trois chefs d’État africains, Omar Bongo, Denis Sassou-Nguesso et Teodoro Obiang. Elles veulent savoir comment ont été financés de nombreux biens détenus en France, notamment de l’immobilier et des véhicules de luxe.

Omar Bongo est mort en 2009, mais la procédure a continué autour de ses proches. Le seul dossier déjà arrivé à son terme concerne Teodorin Obiang. Il a été condamné en 2017 et cette décision est devenue définitive en 2021.

Dans le dossier gabonais, la phase actuelle est décisive. Selon Africa Intelligence, relayé par la presse gabonaise, les avocats de l’État ont transmis une note de 53 pages. Ils demandent que plusieurs personnes soient renvoyées devant le tribunal correctionnel de Paris. Parmi elles figurent Antoinette Sassou-Nguesso, épouse du président congolais, et Omar-Denis Junior Bongo. Des médias évoquent aussi une demande de procès du parquet financier visant des proches d’Omar Bongo et la banque BNP Paribas.

Un renvoi ne serait pas une condamnation. Les personnes visées restent présumées innocentes tant qu’une décision définitive n’a pas été rendue. Le dossier a aussi une dimension diplomatique, puisqu’il touche à des familles proches de deux pouvoirs voisins.

Ce que révèle ce débat, c’est un vieux malentendu. D’un côté, la mémoire d’un dirigeant qui a marqué quatre décennies. De l’autre, une question très concrète, celle de l’origine de certains biens et de leur éventuelle restitution. Depuis 2021, la France prévoit d’ailleurs un mécanisme pour renvoyer vers les populations concernées le produit de certaines confiscations.

La justice française devra désormais trancher. Elle jugera des faits, pas un héritage politique. C’est sans doute la seule ligne sur laquelle tous les camps gabonais peuvent se retrouver.

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