Au Mali, l’excision touche encore la grande majorité des femmes. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 85,2 % des Maliennes âgées de 15 à 49 ans ont subi cette pratique. Le pays affiche l’un des taux les plus élevés du continent. Mais ces dernières semaines, le sujet a repris une place inhabituelle dans l’espace public.
Le 22 août, une journée de mobilisation est prévue à Bamako et dans plusieurs régions. Des associations féminines appellent à sensibiliser la population contre l’excision. Le collectif FasoAmazone fait partie des voix qui portent ce message. Il rappelle que derrière les débats se trouvent des filles et des femmes concrètes. Leur dignité doit rester une priorité, selon le collectif.
Dans le même temps, un mouvement inverse gagne en visibilité. Des hommes ont lancé une campagne favorable au maintien de la pratique. Ce mouvement circule surtout sur les réseaux sociaux. Il illustre la persistance de convictions solidement ancrées dans certaines communautés. Une étude menée sur le terrain montre que 82 % des femmes de 15 à 49 ans interrogées pensent que la pratique devrait continuer. Chez les hommes, cette proportion atteint 87 %. Ces chiffres surprennent souvent à l’extérieur du pays. Ils montrent pourtant l’ampleur du travail de sensibilisation encore nécessaire.
La religion n’apparaît pas comme le principal moteur de cette adhésion. Les données recueillies indiquent que 95 % des femmes sans affiliation religieuse ont elles aussi subi une mutilation. La tradition et la pression sociale jouent donc un rôle plus déterminant que la foi.
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Face à cette situation, plusieurs organisations poursuivent leur travail sur le terrain. Elles misent sur la communication plutôt que sur l’affrontement direct. La ministre malienne en charge de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, M’Bodji Sene, a insisté sur ce point lors d’une rencontre consacrée à l’excision. Elle a rappelé que la communication reste le point de départ et le point d’arrivée de tout changement de comportement. Les progrès enregistrés jusqu’ici viennent, selon elle, des efforts de communication traditionnelle et moderne.
Certaines organisations locales constatent des avancées concrètes. Le sujet devient moins tabou dans plusieurs communautés. Des mères commencent à raconter leur propre expérience. Des hommes acceptent d’écouter. Des filles prennent la parole en public pour témoigner ou pour s’opposer à la pratique. Ce changement reste progressif. Il concerne surtout les zones où des campagnes de sensibilisation sont menées depuis plusieurs années.
Une pétition en ligne réclame désormais une interdiction nationale de l’excision par la loi. Elle recueille des signatures et des témoignages de citoyens maliens. Certains commentaires dénoncent une atrocité qui doit cesser. D’autres personnes restent attachées à la pratique comme élément de leur identité culturelle. Ce débat traverse aussi d’autres pays de la région. En Gambie, la Cour suprême examine actuellement un recours qui vise à annuler la loi anti-excision, dix ans après son adoption. Le motif invoqué est la liberté religieuse et culturelle.

Le Mali ne dispose pas aujourd’hui d’une loi spécifique interdisant l’excision. La pratique reste encadrée uniquement par des campagnes de sensibilisation et par le droit commun applicable aux atteintes à l’intégrité physique. Cette absence de cadre légal spécifique alimente les appels de certaines associations en faveur d’une législation dédiée.
Les conséquences sanitaires de l’excision restent, elles, bien documentées. Des séquelles physiques et psychologiques peuvent apparaître des années après l’acte. Des complications lors de l’accouchement sont également recensées par les professionnels de santé. Ces éléments nourrissent l’argumentaire des associations qui militent pour l’abandon de la pratique.
La journée du 22 août s’annonce donc comme un moment clé. Elle ne mettra pas fin au débat. Mais elle rappelle qu’au Mali, la question de l’excision reste vive, entre attachement à la tradition et exigences de santé publique. Les prochains mois diront si la mobilisation actuelle parvient à faire évoluer durablement les mentalités.


