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« Tu repartiras au Nigeria », la menace de Patrick Osoi à Dangote au Kenya

Un candidat à la présidentielle kényane de 2027, Patrick Osoi, a prévenu le milliardaire nigérian Aliko Dangote de ne pas se presser de lancer sa raffinerie. S’il est élu, dit-il, l’homme d’affaires devra rentrer chez lui.

La phrase, prononcée devant des soutiens et relayée dans une vidéo en ligne, a fait le tour des médias africains. Elle tombe quelques jours après le lancement des travaux d’un projet géant à Lamu, déjà contesté devant les tribunaux.

Une sortie en pleine campagne

Patrick Osoi est un ancien officier de l’armée kényane, qui a déclaré vouloir se présenter à l’élection présidentielle de 2027. Il s’exprimait lors d’un rassemblement de son mouvement, appelé Lions Movement.

Selon la vidéo, il a demandé à Dangote de ne pas courir pour démarrer la raffinerie, car après son investiture il repartirait au Nigeria. Il affirme que le Kenya dispose de raffineries et d’hommes d’affaires capables de réaliser ce projet. Il veut donc le confier à des investisseurs kényans.

Cette position repose sur un argument simple, celui de la souveraineté économique. Pour Osoi, un projet stratégique comme le raffinage du pétrole devrait revenir à des acteurs locaux. Ses propos n’ont pas été démentis, mais ils restent une promesse de campagne. Selon les premiers comptes rendus, ni le groupe Dangote ni le gouvernement kényan n’ont réagi officiellement.

Un projet géant déjà contesté

La raffinerie visée se trouve à Mokowe, dans le comté de Lamu, sur la côte kényane. Elle est annoncée à environ 16 milliards de dollars et doit traiter 700 000 barils de pétrole brut par jour, pour approvisionner le Kenya et d’autres pays d’Afrique de l’Est. Dangote espère la terminer vers 2030.

Les travaux ont été lancés le 30 septembre 2026 en présence du président William Ruto. Plusieurs autres dirigeants africains avaient fait le déplacement, dont Yoweri Museveni, Abiy Ahmed, Faure Gnassingbé et Patrice Talon, ainsi que l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo. L’État kényan prévoit de prendre une participation, notamment grâce à son Fonds national pour les infrastructures. Un conseiller de Ruto a aussi évoqué une offre de Dangote aux gouvernements de la région pour une part de 30 % au total.

Mais le chantier avance au milieu des contestations. Plus de 130 habitants de Lamu ont saisi la justice, car ils estiment que le terrain est une terre ancestrale et qu’ils n’ont pas été consultés. Un tribunal a refusé d’empêcher la cérémonie de lancement, mais l’affaire des terres reste à examiner. Selon certains médias, les travaux seraient suspendus jusqu’à l’audience. Les informations divergent, et il faudra suivre les décisions des juges.

Lire aussi : Fortune : Johann Rupert détrône Aliko Dangote (Bloomberg)

La Haute Cour de Nairobi a par ailleurs jugé urgente une autre requête, qui conteste l’engagement de ressources publiques. Une association de consommateurs réclame de son côté plus de transparence sur la valeur et le financement de la participation de l’État. L’organisation Save Lamu a demandé samedi 10 octobre la publication des documents prouvant le respect des règles environnementales et de la consultation du public. Le sénateur Edwin Sifuna, opposant au président Ruto, réclame lui aussi la publication du contrat.

Dangote a répondu aux critiques en disant qu’il n’avait pas peur d’aller devant les tribunaux.

Que peut vraiment faire un président ?

La menace d’Osoi pose une question de fond. Un chef d’État peut-il simplement renvoyer un investisseur étranger ?

En pratique, c’est beaucoup plus compliqué que dans un discours. Un projet de cette taille repose sur des accords signés avec l’État, des permis, des contrats de terrain et des financements. Revenir dessus peut conduire à des procès, à des demandes d’indemnisation et à une perte de confiance des investisseurs. Les pays qui ont tenté d’annuler brutalement des contrats l’ont souvent payé cher.

Il faut aussi rappeler que le Kenya est un pays où la politique et les grands projets se mêlent. Le président Ruto, qui vise un second mandat, mise sur de grands chantiers d’infrastructure. Il a dit que la raffinerie pourrait augmenter le produit intérieur brut du pays d’environ 12 %. Ses opposants y voient au contraire un exemple d’accords opaques. Le projet est donc devenu un thème de campagne, que chacun utilise à sa façon.

La sortie d’Osoi s’inscrit dans cette logique. Elle reprend un discours classique, celui du « produire local », qui trouve un écho dans de nombreux pays africains où l’on craint que les richesses ne profitent surtout à des acteurs étrangers. Mais les électeurs se poseront aussi une autre question, celle des emplois, du carburant et des revenus que la raffinerie pourrait apporter.

À dix mois environ du scrutin, ce dossier risque de rester au centre du débat. Les prochains rebondissements viendront probablement des tribunaux, des résultats des enquêtes environnementales et de la façon dont les autres candidats se positionneront.

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