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Burkina Faso : la peine de mort désormais rétablie

Le Burkina Faso a rétabli la peine de mort. Mardi 20 octobre 2026, les députés ont voté à l’unanimité un nouveau Code pénal qui la réintroduit pour plusieurs crimes graves, huit ans après son abolition.

Ce que prévoit le nouveau Code pénal

L’Assemblée législative du peuple a adopté le texte avec les voix des 71 députés présents. Personne n’a voté contre. Le nouveau Code compte plus de 900 articles et remplace celui de 2018, qui avait supprimé la peine capitale. Avant le vote, la commission chargée du dossier a examiné plus de 700 amendements.

La peine de mort pourra désormais être prononcée dans plusieurs cas. Elle vise les actes de terrorisme, la haute trahison, l’espionnage et le parricide, c’est-à-dire le meurtre d’un parent proche. Elle concerne aussi l’importation de produits périmés ou interdits lorsqu’elle provoque la mort d’une personne. L’auteur comme le complice sont visés.

Le texte ne se limite pas à ce sujet. Il durcit les sanctions contre les détournements de fonds. La prison à vie est prévue au delà d’un certain montant, avec une amende pouvant atteindre le triple de la somme détournée. Les peines sont aussi relevées pour les infractions routières, que le ministre présente comme la première cause de mortalité dans le pays. Le Code crée enfin des infractions liées aux technologies de l’information et sanctionne l’abattage et l’exportation d’ânes et de chevaux. Le gouvernement annonce qu’il fera traduire le texte dans les langues nationales pour que chacun puisse le comprendre.

Un point mérite d’être précisé. Cette décision n’est pas un coup de théâtre. Le Conseil des ministres avait déjà approuvé le projet le 4 décembre 2025, et l’idée circulait depuis novembre 2024. Le vote de mardi en est l’aboutissement.

Les arguments du gouvernement

Le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, a défendu le projet devant les députés. Son raisonnement est lié à la lutte contre les groupes armés qui frappent le pays depuis 2015 environ. Selon lui, ces groupes recrutent en promettant à leurs recrues qu’elles ne risquent pas grand chose de plus que la prison, même en cas d’arrestation. Il estime que la menace de la peine de mort doit changer ce calcul.

Le gouvernement affirme aussi que la loi doit mieux protéger les personnes et les biens, renforcer l’ordre public et lutter contre la criminalité économique et financière.

Ce discours s’inscrit dans une ligne politique plus large. Depuis plusieurs années, les autorités de transition dirigées par le capitaine Ibrahim Traoré revendiquent un retour à des règles « adaptées aux réalités du pays » et une souveraineté juridique accrue. D’autres textes importants ont été adoptés ces derniers mois, comme un nouveau Code des personnes et de la famille et une révision de la Constitution.

Lire aussi : Le Burkina Faso compte réinstaurer la peine de mort

Les critiques et les questions qui restent

Les organisations de défense des droits humains ne partagent pas cette analyse. Amnesty International et Human Rights Watch s’opposent à la peine de mort en toutes circonstances. Elles la jugent cruelle et irréversible. Elles craignent aussi qu’elle devienne un outil de pression contre les opposants ou les voix critiques, surtout dans un pays où les notions de terrorisme et de trahison peuvent être interprétées largement.

Elles rappellent enfin que, selon une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies, aucune preuve solide ne montre que la peine de mort dissuade mieux les crimes que d’autres sanctions. Une erreur judiciaire, elle, ne peut jamais être réparée.

Pour mesurer la portée du changement, il faut regarder l’histoire. La dernière exécution connue au Burkina Faso date de 1988. Pendant près de quarante ans, le pays n’a donc exécuté personne. La peine avait été supprimée du Code en 2018, sous la présidence de Roch Marc Christian Kaboré, à un moment où Ouagadougou réclamait aussi l’extradition de François Compaoré dans l’affaire de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo.

Le Burkina n’est pas le seul à prendre cette direction. Le Tchad avait déjà rétabli la peine capitale pour les personnes accusées de terrorisme en 2015. De son côté, Amnesty a relevé en 2023 une forte hausse des exécutions et des condamnations à mort en Afrique subsaharienne, même si une grande partie des pays de la région l’ont abolie.

La vraie question est maintenant celle de l’application. Les tribunaux prononceront-ils des condamnations à mort ? Les exécutions reprendront-elles après plus de trente ans d’interruption ? Les réponses diront si ce choix reste un message de fermeté ou s’il change réellement la façon de rendre la justice au Burkina Faso.

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