Deviens membre !

Nous vous enverrons au moins deux (2) par semaines des nouvelles et opportunités

― PUBLICITE ―

spot_img
AccueilAfriqueAffaire Norbert Zongo : François Compaoré bientôt face à la justice ?

Affaire Norbert Zongo : François Compaoré bientôt face à la justice ?

Vingt-huit ans après l’assassinat du journaliste d’investigation burkinabè Norbert Zongo, le dossier judiciaire qui porte son nom vient de connaître un nouveau rebondissement. Alors que la perspective d’un procès semblait enfin se dessiner, une procédure de dernière minute est venue, une fois de plus, repousser l’échéance.

Un renvoi en jugement confirmé

Dans un communiqué rendu public le jeudi 13 août 2026, le procureur général près la Cour d’appel de Ouagadougou a fait le point sur l’état d’avancement du dossier. Il rappelle que le juge d’instruction du cabinet n°4 du Tribunal de grande instance Ouag I avait, par une ordonnance datée du 17 mars 2025, décidé de renvoyer trois personnes devant la juridiction de jugement.

Il s’agit de Wanga Christophe Combasséré, poursuivi pour assassinat et destruction volontaire aggravée de biens ; de Banagoulo Yaro, poursuivi pour complicité d’assassinat et destruction volontaire aggravée de biens ; et de Paul François Compaoré, frère cadet de l’ancien président Blaise Compaoré, poursuivi pour incitation à la commission d’un assassinat.

Lire aussi : Burkina Faso : 118 associations dissoutes

Cette ordonnance avait aussitôt fait l’objet d’un appel de la part des conseils de la défense, le 20 mars 2025. Après plusieurs mois de procédure, la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Ouagadougou a finalement tranché : le 30 juillet 2026, elle a confirmé la décision du juge d’instruction, ouvrant ainsi la voie à la tenue d’un procès très attendu par l’opinion publique burkinabè et par les organisations de défense des droits humains.

Un pourvoi en cassation qui repousse encore l’échéance

Mais l’espoir d’un procès imminent a été de courte durée. Dès le lendemain de cette décision, le 31 juillet 2026, Maître Paul Kéré, avocat de Banagoulo Yaro, s’est pourvu en cassation contre l’arrêt de la chambre de l’instruction. Ce recours a pour effet de suspendre la procédure et de repousser, une nouvelle fois, la perspective d’une audience de jugement, dans l’attente de l’examen du dossier par la Cour de cassation.

Face à l’impatience grandissante de la société civile, le procureur général a tenu à se montrer rassurant. Il affirme que la justice burkinabè met « tout en œuvre » pour parvenir à une issue diligente du dossier, dans le strict respect des principes et règles qui encadrent la procédure judiciaire.

Un dossier vieux de près de trois décennies

Pour comprendre l’ampleur de cette affaire, il faut remonter au 13 décembre 1998. Ce jour-là, le corps sans vie de Norbert Zongo, alors directeur de l’hebdomadaire L’Indépendant, est retrouvé calciné dans sa voiture à Sapouy, une localité située à une centaine de kilomètres de Ouagadougou, aux côtés de trois de ses compagnons. Les victimes avaient été abattues avant que le véhicule ne soit incendié.

Crédit photo : Google

Au moment de sa mort, le journaliste enquêtait sur les circonstances entourant le décès de David Ouédraogo, chauffeur de François Compaoré. Cette enquête avait rapidement placé le frère cadet du chef de l’État de l’époque au cœur des soupçons, sans qu’une mise en accusation formelle ne débouche, pendant de longues années, sur une comparution effective devant un tribunal burkinabè.

Longtemps installé en France, François Compaoré a fait l’objet d’une procédure d’extradition entre les deux pays, dans un contexte marqué par des tensions diplomatiques. Les militants des droits humains ont, pendant des années, réclamé sa présence effective à la barre pour que la vérité judiciaire puisse enfin être établie.

Un symbole pour la liberté de la presse au Burkina Faso

L’affaire Norbert Zongo dépasse aujourd’hui le simple cadre judiciaire pour devenir un symbole de la lutte pour la liberté de la presse et contre l’impunité en Afrique de l’Ouest. Chaque année, la commémoration de l’assassinat du journaliste, célébrée notamment autour de son buste au Centre national de presse qui porte son nom à Ouagadougou, rappelle l’attente persistante d’une justice pleinement rendue.

Le président du Collectif des organisations démocratiques de masse et de partis politiques (CODMPP), Chrysogone Zougmoré, avait d’ailleurs récemment insisté sur l’urgence de voir ce dossier enfin jugé, qu’il soit tenu ou non en présence de François Compaoré.

Avec ce nouveau pourvoi en cassation, l’issue du dossier reste suspendue à la décision de la plus haute juridiction burkinabè, qui devra se prononcer sur la régularité de l’arrêt de renvoi avant qu’une date de procès ne puisse être fixée. Pour les proches de Norbert Zongo et les défenseurs des droits humains, l’attente, déjà longue de près de trois décennies, se poursuit donc encore.

Articles simailaires