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Sénégal : face à la dette, quelles solutions pour sortir de l’impasse ?

Le Sénégal a décroché un accord technique avec le FMI, mais le poids de sa dette reste immense. Restructurer, étaler, transformer l’économie, les pistes sont connues et chacune a un prix.

Un accord qui ouvre une porte sans tout régler

Le 1er septembre 2026, le FMI et les autorités sénégalaises ont annoncé un accord au niveau des services. Il ouvre la voie à un programme de 36 mois, d’environ 2,2 milliards de dollars, soit près de 1 243 milliards de FCFA. Ce n’est pas encore une signature définitive. Le conseil d’administration du FMI doit d’abord donner son feu vert. Dakar vise novembre 2026.

Pour comprendre l’enjeu, il faut revenir en arrière. La crise est née en 2024, quand le pays a découvert des engagements qui n’avaient pas été déclarés. La dette a ensuite été revue à la hausse. Selon les analyses, elle tourne autour de 100 % du PIB, voire davantage. Une analyse publiée début octobre estime que son service avale environ un quart des recettes fiscales. La croissance, elle, devrait rester sous les 3 % en 2026.

Les agences de notation ont sanctionné ce glissement. Moody’s a ramené la note du pays à Caa2 le 28 août. S&P a annoncé une nette baisse le 4 septembre. Résultat, emprunter sur les marchés coûte très cher.

Un autre point mérite l’attention. Selon une analyse parue début septembre, le service de la dette de 2026 dépasse le montant du prêt du FMI. Le programme est donc une bouée, pas une solution complète. Le pays doit aussi encore rembourser environ 1,1 milliard de dollars d’eurobonds entre 2026 et 2028.

Lire aussi : Le FMI confirme que le Sénégal a une dette « cachée » de plus 4 000 milliards F CFA

Restructurer ou pas, le grand débat

Le 6 octobre, le Sénégal a réuni ses créanciers extérieurs en ligne, sous les bons offices du FMI. Le Fonds précise qu’il joue un rôle de facilitateur et qu’il ne négocie pas à la place de Dakar. À Bangkok, le 14 octobre, la directrice générale Kristalina Georgieva s’est dite optimiste. Le gouvernement a lancé un plan de traitement de la dette et se dit désormais ouvert à discuter avec ses créanciers.

Concrètement, deux familles de solutions s’affrontent. La première est le reprofilage. Il consiste à allonger les échéances et à réduire les taux, sans effacer une partie de la dette. La seconde est la décote, qui efface une partie de ce qui est dû. Elle soulage davantage, mais elle peut compliquer le retour sur les marchés. Elle peut aussi fragiliser les banques de la zone UEMOA si la dette libellée en FCFA est incluse.

Les économistes ne parlent pas d’une seule voix. Senghane Senghor juge que la restructuration est la meilleure issue. Demba Moussa Dembele rappelle que le FMI est présent au Sénégal depuis plus de 45 ans et que l’austérité n’a pas réglé le problème. Lors d’un forum organisé en mai, des experts d’Afrique et d’Asie ont avancé des pistes comme une restructuration partielle de certains prêts et une renégociation des conditions de remboursement.

De son côté, l’ancien ministre de l’Économie Abdourahmane Sarr propose quatre axes pour un compromis entre l’Exécutif, l’Assemblée et le FMI. Le premier est une loi de finances rectificative 2026 plus sincère.

Au-delà de la dette, une économie à réparer

Le fond du problème dépasse les chiffres. Une analyse de Tama Média rappelle que l’économie sénégalaise produit et transforme peu, importe beaucoup et crée trop peu d’emplois. Assainir les comptes ne suffira donc pas. Sans changement de modèle, le pays risque de retomber dans la même situation. L’économiste Ndongo Samba Sylla va dans le même sens. Pour lui, l’aide du FMI reste très limitée face à un problème de fond.

On peut aussi regarder du côté du Ghana. Ce pays a connu un défaut de paiement puis une restructuration de sa dette ces dernières années. Aujourd’hui, son inflation est revenue autour de 5 %, et l’État vient de signer une hausse des salaires du public pour 2027 et 2028. Cela ne veut pas dire que la recette marche partout. Le Ghana a sa propre monnaie, alors que le Sénégal appartient à la zone franc, ce qui change la donne. Mais l’exemple montre qu’on peut sortir d’une crise de dette, au prix d’années difficiles et de réformes crédibles.

La transparence sera aussi décisive. Désiré Assogbavi, d’Open Society Foundations, demande un suivi régulier des négociations, du service de la dette, des financements obtenus et des dépenses sociales. C’est une façon de rappeler que cette dette se paie avec l’argent des citoyens.

Pour les Sénégalais, les prochaines semaines diront si l’accord devient un vrai tournant. Deux rendez-vous sont à surveiller. Le premier est l’approbation du conseil d’administration du FMI. Le second est l’issue des discussions avec les créanciers. Entre les deux, la question reste la même. Comment alléger le fardeau sans étouffer l’investissement et la vie quotidienne des ménages ?

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