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Sénégal : le budget rectificatif bloqué en commission, que se passe-t-il ?

Rejeté en commission le 23 octobre, le budget rectificatif 2026 du Sénégal est reparti en commission le 27 octobre. Derrière ce bras de fer entre le gouvernement et la majorité Pastef, il y a une dette très lourde, un accord avec le FMI à sécuriser et des projets qui perdent leur financement.

Un texte rejeté, puis renvoyé en commission

Pour corriger le budget de l’année en cours, le gouvernement sénégalais a déposé un projet de loi de finances rectificative. Il porte le numéro 40/2026 et il est arrivé à l’Assemblée nationale dès le 18 septembre.

Une loi de finances rectificative sert à ajuster le budget voté en début d’année quand les recettes ou les dépenses ne suivent plus les prévisions. C’est un peu comme refaire son budget familial en cours d’année, quand les prix ont changé.

Le vendredi 23 octobre, la commission des Finances et du Contrôle budgétaire a rejeté le projet. Elle est présidée par Alphonse Mané Sambou. Les députés de Pastef ont voté contre. Le groupe Takku Wallu s’est abstenu. Les deux amendements proposés par l’exécutif ont eux aussi été écartés.

Le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, avait pourtant défendu le texte avec son collègue chargé du Budget, Bassirou Sarr.

Le mardi 27 octobre, jour prévu pour la séance plénière, Cheikh Diba a demandé le renvoi du texte en commission. Il s’est appuyé sur l’article 84 du règlement intérieur, qui rend ce renvoi de droit. Le président de l’Assemblée, Ousmane Sonko, en a pris acte. La Conférence des présidents doit maintenant fixer un nouveau calendrier.

Lire aussi : Sénégal : Diomaye Faye officialise la rupture avec Sonko

Ce renvoi a un effet précis. Pastef détient 130 des 165 sièges, et le gouvernement évite ainsi un rejet annoncé devant l’ensemble des députés. Il faut rappeler qu’un rejet en commission ne vaut pas rejet définitif en séance plénière.

Ce que reproche Pastef au gouvernement

Le parti d’Ousmane Sonko affirme ne pas contester la nécessité de réviser le budget. Il conteste la manière de le faire.

Pastef refuse notamment les coupes dans la santé et l’éducation. Selon Africtelegraph, le désaccord porte aussi sur la baisse des enveloppes sociales, le recul de l’effort d’investissement et la réduction de certaines aides sur les carburants.

Autre point de blocage, les fonds spéciaux. Ce sont des sommes dont l’exécutif dispose sans contrôle du Parlement. Pastef réclame un encadrement légal. Ousmane Sonko et ses partisans dénoncent la suppression de projets au moment où ces fonds ne baissent pas.

Le Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lô, a répondu le dimanche 25 octobre. Il accuse Pastef de bloquer le texte et demande aux députés de proposer des amendements. Selon lui, quinze projets ont perdu leur financement, dont le Grand Transfert d’Eau vers Touba, la construction de 35 centres de santé, le programme de 30 000 logements et la résorption des abris provisoires. Le ministère des Finances a toutefois démenti l’abandon du projet d’eau.

La marge des députés est étroite. D’après RFI, leurs amendements ne sont recevables que s’ils augmentent les recettes ou réduisent les dépenses. Ils ne peuvent donc pas simplement ajouter des dépenses. Ils doivent dire où trouver l’argent.

Pourquoi l’enjeu dépasse le Parlement

Le Sénégal traverse une grave crise économique. Selon le FMI, sa dette publique atteignait 132 % du PIB fin 2024. C’est bien plus que les 119 % présentés en novembre 2025 par le ministre de l’Économie de l’époque, Abdourahmane Sarr, lors du budget 2026. À ce moment, les nouvelles autorités évoquaient la découverte d’une dette cachée héritée du régime précédent.

En septembre, le FMI a annoncé un accord préliminaire pour un nouveau programme de 2,2 milliards de dollars sur 36 mois, soit environ 1,93 milliard d’euros. D’après Afrik.com, les versements dépendent d’une trajectoire budgétaire crédible et de la restructuration de la dette.

Le budget rectificatif doit aussi permettre de régler 300 milliards de francs CFA de dettes de l’État envers des entreprises, selon RFI. Sans lui, Dakar risque de retarder le soutien du Fonds et les discussions avec ses créanciers.

Le pays doit en outre respecter les règles de convergence de l’UEMOA, qui limitent notamment le déficit public à 3 % du PIB. Pour 2026, la loi de finances initiale visait un déficit de 5,4 %, après 7,8 % en 2025. L’exercice est donc délicat.

Cette crise s’ajoute à des tensions plus larges au sommet de l’État. Afrik.com parle d’une rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, qui pèse sur le risque financier du pays.

Et maintenant ? Selon Africtelegraph, le scénario le plus probable reste un accord de dernière minute, avec des amendements qui rééquilibrent les lignes sociales et pétrolières. Au 28 octobre, aucune nouvelle date de plénière n’était annoncée. Une chose est sûre, le texte reste indispensable, et chacun le sait.

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