Retardée par les inondations, la rentrée sénégalaise est déjà secouée par une grève de trois jours. Les parents d’élèves jugent ce mouvement prématuré et demandent aux syndicats comme à l’État de penser à l’avenir des enfants.
Une rentrée déjà fragilisée
Au Sénégal, l’année scolaire 2026-2027 n’a pas commencé dans de bonnes conditions. De fortes pluies ont provoqué des inondations à Dakar au début du mois d’octobre. Le ministère de l’Éducation nationale a donc reporté d’une semaine l’ouverture des classes, fixée finalement au lundi 12 octobre.
Neuf jours plus tard, le calendrier scolaire est de nouveau bousculé. Mercredi 21 octobre, une grève de trois jours a démarré. Dans de nombreux établissements, les cours peinaient pourtant à décoller. Le syndicat SELS/Authentique cite le manque d’enseignants, de tables bancs et d’abris provisoires, ainsi que des écoles restées fermées à Dakar et à Kaolack à cause de l’eau. Un autre syndicat, l’Organisation des instituteurs du Sénégal, rappelle que beaucoup de familles n’avaient pas encore payé les frais d’inscription ni acheté le matériel, ce qui retardait aussi le démarrage des enseignements.
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Deux mouvements, un même rapport de force
Deux mobilisations se superposent. La première vient du G7, un collectif de sept syndicats d’enseignants, qui a décrété une grève totale les 21, 22 et 23 octobre. Il reproche à l’État de ne pas appliquer le protocole d’accord signé le 16 avril 2026. Il cite notamment l’étude sur la rémunération qui n’a pas été publiée, l’audit des rappels de salaire qui n’a pas été partagé, des retards de paiement pour les enseignants contractuels et des blocages sur les indemnités versées après les examens.
La seconde est une grève générale lancée par le Front syndical pour la défense du travail, qui regroupe 13 centrales de l’éducation, de la santé, de l’enseignement supérieur, de l’électricité et des collectivités locales. Ses revendications sont plus larges. Il demande la revalorisation des pensions de retraite, le recul de l’âge obligatoire de départ de 60 à 65 ans, le paiement de primes et la généralisation d’une indemnité de logement de 100 000 francs CFA, soit environ 153 euros. Après la première journée, le Front a revendiqué un taux de réussite de 90 % et appelé à poursuivre jeudi et vendredi.
Face à cela, le gouvernement a invité les enseignants à renoncer, en invoquant la nécessité de préserver l’école et l’image du pays à l’approche des Jeux olympiques de la jeunesse à Dakar. Les syndicats ont maintenu leur mot d’ordre. Certains, comme le SELS/Authentique et l’Organisation des instituteurs, se sont toutefois démarqués du G7 en jugeant inopportun de débuter l’année par trois jours d’arrêt de travail.

Les parents réclament un cap
C’est dans ce contexte que l’Union nationale des parents d’élèves et d’étudiants du Sénégal a haussé le ton. Son responsable Thierno Ndao a déclaré jeudi à l’AFP que la grève est « prématurée quelles que puissent être ses raisons ». Il a appelé les syndicats et le gouvernement à penser à l’avenir du pays. Son collègue Abdoulaye Fané estime pour sa part que le contexte ne se prête pas à ce type de mouvement.
Le scénario n’est pas tout à fait nouveau. À la rentrée précédente, le G7 avait déjà décrété 48 heures de grève quelques jours après la reprise des cours. M. Fané avait alors dénoncé un paradoxe avec le slogan national « Ubi tay, diang tay », qui signifie ouvrir l’école aujourd’hui et étudier aujourd’hui. Il s’était aussi demandé pourquoi les vacances n’avaient pas servi à régler les dossiers en suspens.
Ce que cette bataille dit du système
Au delà des chiffres, ce conflit révèle une tension durable. Les syndicats d’enseignants affirment qu’ils réclament surtout l’application d’accords déjà signés, et non de nouvelles faveurs. L’État, lui, travaille avec des marges étroites. Selon l’AFP, le pays vit une période de vie chère et de chômage des jeunes, avec une dette publique estimée à 132 % du produit intérieur brut fin 2024. Chaque camp peut donc faire valoir de solides arguments.
Les parents, eux, se retrouvent au milieu sans siège à la table des négociations. Ce sont pourtant eux qui paient les frais de scolarité, le matériel et le transport, et qui voient leurs enfants perdre le rythme dès le début de l’année. Le droit de grève est reconnu, mais le début d’année scolaire est un moment fragile, où les habitudes de travail se construisent et où les élèves en difficulté décrochent le plus vite.
Les prochains jours seront décisifs. Si les discussions reprennent rapidement, les cours perdus pourront être rattrapés dans le calendrier. Si le bras de fer s’installe, c’est toute l’année qui risque d’être perturbée. En attendant, il reste aux familles un conseil simple. Rester en contact avec l’école pour connaître les horaires de reprise, et proposer aux enfants un petit temps de révision à la maison afin que ces journées ne soient pas entièrement perdues.


