Près d’un milliard de dollars ont été annoncés pour combattre Ebola en République démocratique du Congo. Mais plus de 700 millions restent introuvables dans les comptes présentés, a alerté Africa CDC.
Une alerte lancée à Kinshasa
Le 14 octobre 2026, le directeur général d’Africa CDC, Jean Kaseya, a tenu une conférence de presse à Kinshasa. Il y a parlé d’un manque de traçabilité des financements de la riposte contre l’épidémie.
Selon ses chiffres, les bailleurs de fonds ont versé près de 962 millions de dollars à différents partenaires de mise en œuvre, c’est-à-dire des organisations internationales et des ONG. Ces structures ont déclaré avoir reçu environ 220 millions de dollars. Sur cette somme, 120 millions ont déjà été utilisés et 100 millions restent à dépenser.
Le calcul est simple. Plus de 700 millions de dollars demeurent inconnus des autorités congolaises. Africa CDC précise que cet argent n’a pas été versé au gouvernement, mais directement aux partenaires. Jean Kaseya affirme que ces fonds existent et qu’il continuera à les rechercher.
Quelques jours plus tôt, le 2 octobre, le directeur de l’Institut national de santé publique, Dieudonné Mwamba, avait donné un indice. Sur environ 94 partenaires accrédités, seuls 25 avaient transmis des informations sur les sommes reçues et leur utilisation.
Des mesures annoncées par le gouvernement
Le 15 octobre, le ministre de la Santé, Roger Samuel Kamba, a annoncé une mesure forte. Les organisations qui n’ont pas pu prouver où est passé l’argent ne pourront plus intervenir sur le terrain sans accréditation officielle. Selon Radio Okapi, 72 structures sont concernées. Pour obtenir ce document, elles devront fournir des pièces qui montrent comment les fonds ont été utilisés.
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Le gouvernement a aussi décidé d’écrire aux partenaires concernés pour leur demander des comptes. Pendant ce temps, la Banque mondiale a annoncé de nouveaux financements pour aider le pays.
Le contexte est grave. La RDC fait face à sa dix-septième épidémie d’Ebola, causée par la souche Bundibugyo, avec l’Ituri comme épicentre. Des élèves ont déjà été touchés dans cette province. Des équipes de riposte réclament de leur côté le paiement de leurs primes.
Ce que cela veut dire, et ce que cela ne veut pas dire
Dans plusieurs titres de presse, on lit que des fonds ont été détournés. Il faut être prudent. Pour l’instant, personne n’a prouvé un détournement. Un argent non retracé n’est pas forcément un argent volé.
Il existe au moins quatre explications possibles. Il peut s’agir de dépenses non déclarées, de retards de justification, de fonds encore disponibles ou, dans le pire des cas, d’irrégularités. Des vérifications indépendantes devront trancher.
Pour comprendre le problème, il faut distinguer trois mots que l’on confond souvent. Un fonds annoncé est une promesse faite par un bailleur. Un fonds décaissé est de l’argent réellement envoyé. Un fonds justifié est de l’argent dont on peut prouver l’usage, factures à l’appui. L’écart que dénonce Africa CDC se situe entre le deuxième et le troisième mot.
Il faut aussi savoir que l’aide internationale passe très souvent par des agences et des ONG plutôt que par l’État. Cette méthode peut aller vite et rassurer les donateurs. Mais elle rend plus difficile le suivi pour les pays concernés, et elle crée des zones d’ombre quand les comptes ne sont pas partagés.
Ce qu’il faut suivre dans les prochains jours
Trois points méritent l’attention. D’abord, la réponse des partenaires aux courriers du gouvernement, qui devront présenter leurs comptes. Ensuite, la liste des structures qui obtiendront ou non leur accréditation. Enfin, les éventuels audits indépendants, qui diront si les sommes manquantes sont en réalité en cours d’utilisation ou bien disponibles.
Il faut aussi noter que le gouvernement lui-même dit manquer de visibilité sur les financements extérieurs. Cette situation complique ses discussions avec les institutions financières internationales, dont le Fonds monétaire international.

Pourquoi cette affaire concerne tout le monde
Chaque dollar mal suivi est un dollar qui ne se transforme peut-être pas en gants, en tests, en ambulances ou en salaires pour les soignants. La confiance est aussi en jeu. Si les donateurs doutent, ils peuvent donner moins la prochaine fois. Et si la population doute, elle peut hésiter à suivre les consignes de prévention.
Ce que les citoyens peuvent attendre est simple. Des chiffres publics, un tableau clair de l’argent reçu et dépensé, et des audits indépendants dont les résultats sont publiés. La question posée, où est passé l’argent, mérite une réponse précise, pas seulement des promesses.


