Le 15 octobre 2026, le Burkina Faso a commémoré le 39e anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara. Le capitaine Ibrahim Traoré a profité de ce moment pour appeler son pays à poursuivre le combat du père de la Révolution.
Une cérémonie nationale au Mémorial de Ouagadougou
La cérémonie d’hommage national s’est tenue au Mémorial Thomas Sankara, à Ouagadougou. Elle était présidée par le Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, qui a lu le message du chef de l’État.
Dans ce texte, Ibrahim Traoré explique que la meilleure façon d’honorer Thomas Sankara et ses douze compagnons n’est pas de les pleurer. Pour lui, il faut surtout continuer leur combat. Il ajoute que la fidélité à ce combat commence par la fidélité entre les Burkinabè, ce qui sonne comme un appel à l’unité.
Le capitaine a aussi cité plusieurs priorités, la sécurité, l’agriculture, l’industrie et l’éducation. Il a rappelé ce qu’était le pays en 1983, avant la Révolution. À l’entendre, le Burkina Faso faisait alors partie des derniers du monde en matière de développement et il était même moqué.
Ce type de discours suit un rituel désormais bien installé. Chaque année, à la même date, les autorités et de nombreux admirateurs rendent hommage à celui qui reste une figure majeure de l’émancipation africaine.
Qui était Thomas Sankara
Né en 1949, Thomas Sankara était un jeune officier quand il est arrivé au pouvoir, en août 1983. Il a rapidement donné un nouveau nom à son pays, qui s’appelait alors la Haute Volta. Le nom Burkina Faso signifie le pays des hommes intègres.
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Son style de vie a marqué les esprits. Il refusait les voitures de luxe et les privilèges. Il parlait de dignité, de souveraineté et de développement par ses propres moyens. Son gouvernement a aussi lancé de grandes campagnes de vaccination, de reboisement et de défense des droits des femmes, trois chantiers qui lui sont toujours associés. Sa célèbre devise, « La Patrie ou la Mort, nous vaincrons », résume cet esprit de combat.
Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara a été tué avec douze de ses compagnons, à seulement 37 ans. Son ancien camarade Blaise Compaoré a pris le pouvoir et l’a gardé jusqu’en 2014. Depuis, la mémoire de Sankara n’a cessé de grandir, bien au-delà du Burkina Faso, surtout chez les jeunes Africains.
Un héritage invoqué, un héritage discuté
Ibrahim Traoré est arrivé à la tête du pays après un coup d’État, le 30 septembre 2022. Depuis, il se réclame souvent de Thomas Sankara. Son pouvoir a pris plusieurs décisions symboliques. Il a institué par décret une Journée nationale d’hommage, fait construire un mausolée et un mémorial, et donné le nom de Sankara à un boulevard de la capitale. Une cérémonie militaire doit aussi avoir lieu chaque premier jeudi du mois au Mémorial.
Ses partisans y voient la preuve d’une fidélité réelle. Ils rappellent que les jeunes forment environ les trois quarts de la population et qu’ils se reconnaissent dans les idées de souveraineté et de dignité.

D’autres voix se montrent plus critiques. Dans une analyse récente, le média Afrique XXI estime que le capitaine invoque Sankara tout en s’éloignant de certaines de ses positions. Le débat est donc ouvert, entre ceux qui parlent d’héritage fidèle et ceux qui parlent d’usage politique de la mémoire.
Ce que l’on peut en retenir
Cette année, le message du capitaine met l’accent sur l’unité et sur l’action. C’est un choix de ton important, dans un pays confronté depuis plusieurs années à de graves défis de sécurité. Rappeler Sankara, c’est aussi rappeler une exigence de discipline et de résultats.
Une commémoration est toujours à la fois un hommage et un message politique. Pour bien la comprendre, il est utile de distinguer les symboles, comme les monuments et les journées de souvenir, des politiques concrètes, comme les résultats sur la sécurité, l’école ou l’agriculture.
Pour aller plus loin, rien ne vaut les mots de Sankara lui-même. Ses discours, notamment celui de 1987 sur la dette africaine, restent faciles à trouver et à lire. Ils permettent de se faire sa propre idée, loin des slogans.
Trente-neuf ans après sa mort, Thomas Sankara reste une référence que chacun cherche à s’approprier. C’est peut-être la preuve la plus forte de la place qu’il occupe dans l’imaginaire africain.


