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Terrains fantômes : les dessous de l’affaire Maman Caï-Caï en Côte d’Ivoire

Une promotrice très suivie sur les réseaux sociaux est au cœur d’une affaire de vente présumée de faux terrains. La justice ivoirienne parle de plus de 320 millions de FCFA versés par des acheteurs.

Rita Bénédicte Djédjé Grahon, connue sous le nom de « Maman Caï-Caï », a été placée sous mandat de dépôt mercredi 7 octobre 2026. Elle conteste les accusations. Cette affaire secoue la Côte d’Ivoire et pose une question simple. Peut-on faire confiance à une vidéo pour acheter un terrain ?

Ce que dit la justice

Le procureur national financier a annoncé mercredi 7 octobre l’ouverture d’une information judiciaire. Elle vise Rita Djédjé, sa société Ivoire Challenge Corporation, et plusieurs autres personnes.

Une soixantaine de plaintes ont été enregistrées puis réunies à la Direction de la police économique et financière. Selon les premiers éléments de l’enquête, la société aurait perçu 320 701 500 FCFA auprès de particuliers. Des parcelles leur auraient été proposées, alors que la promotrice et son entreprise n’en seraient pas propriétaires. Les terrains concernés se situeraient notamment à Yamoussoukro et à Abidjan.

Les faits reprochés sont lourds. Il s’agit d’association de malfaiteurs, d’escroquerie, d’abus de confiance, de faux et usage de faux, de complicité d’escroquerie et de blanchiment de capitaux. Il faut toutefois rappeler que ces faits restent présumés. L’enquête doit encore établir les responsabilités de chacun.

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Quand la notoriété sert de caution

Ce qui rend l’affaire spéciale, c’est le rôle des réseaux sociaux. Rita Djédjé s’était fait connaître en promettant de rendre la propriété accessible au plus grand nombre. Sa société vendait des terrains présentés comme documentés.

Sa visibilité tenait à ses vidéos, mais aussi à ses apparitions aux côtés d’artistes, d’animateurs et d’influenceurs. Selon le procureur, certaines personnalités auraient utilisé leur notoriété pour promouvoir les projets et rassurer les acheteurs. D’autres auraient présenté les offres dans des groupes WhatsApp, et certaines auraient même reçu de l’argent pour le compte de la principale mise en cause.

Plusieurs personnalités du showbiz ont été citées dans la presse. Des juristes rappellent qu’une simple photo avec la promotrice ne fait pas de quelqu’un un complice. La justice devra distinguer la publicité d’un produit, qui n’est pas une infraction, de la participation consciente à une escroquerie.

Parmi les victimes présumées, certaines vivent à l’étranger. L’une d’elles affirme avoir versé plus de 36 millions de FCFA, soit environ 55 000 euros, sans jamais recevoir de terrain ni de documents conformes. Les Ivoiriens de la diaspora sont des cibles fréquentes, car ils ne peuvent pas vérifier sur place.

Avant son placement sous mandat de dépôt, Rita Djédjé avait pris la parole. Elle rejetait l’idée d’avoir vendu de faux terrains ou d’avoir escroqué qui que ce soit. Elle disait ne pas fuir et vouloir présenter sa version complète.

Elle expliquait aussi que certaines personnes qui s’étaient plaintes ne seraient pas liées à des ventes de terrains, mais à des souscriptions pour des engins et des machines. Cette version n’a pas été confirmée par l’enquête, et la justice dira ce qu’il en est.

Les victimes, elles, attendent toujours leurs terrains ou leur argent. Pour elles, la procédure ne fait que commencer. Elle peut durer longtemps, et récupérer les sommes versées n’est jamais garanti.

Comment éviter ce genre de piège

Au-delà du cas précis, l’affaire révèle des failles connues du marché foncier. Un terrain qui paraît séduisant sur une vidéo n’est pas forcément la propriété de celui qui le vend.

Quelques réflexes simples peuvent protéger un acheteur. Il faut d’abord demander les documents, comme un titre foncier ou un arrêté de concession définitive, selon la situation du terrain. Il faut ensuite les faire vérifier auprès des services compétents, par exemple la conservation foncière. Il est aussi prudent de se rendre sur place avant de payer, ou de charger une personne de confiance de le faire.

Il faut enfin éviter de verser de l’argent sur la seule foi d’une publication, même très partagée. Un nombre élevé d’abonnés ne remplace jamais un titre de propriété. Et passer par un notaire ou un professionnel reconnu limite fortement les risques.

L’enquête vient de s’ouvrir. Rita Djédjé et les autres personnes visées bénéficient de la présomption d’innocence. Mais l’affaire montre déjà à quel point les réseaux sociaux peuvent servir de vitrine à des ventes risquées.

La suite dépendra du travail des juges d’instruction, qui devront retracer les sommes versées, vérifier la propriété des terrains et déterminer le rôle exact des personnalités citées. Pour des dizaines de familles, l’enjeu est de savoir si leur argent pourra un jour leur être rendu.

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