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Libye : le président du Parlement destitué après douze ans au pouvoir

Aguila Saleh, 82 ans, ne dirige plus le Parlement libyen. Les députés de l’Est l’ont écarté mardi, après douze ans à la tête de l’institution.

Un vote en deux temps

Tout s’est joué en deux jours. Lundi, 98 députés de la Chambre des représentants ont approuvé une nouvelle règle. Le mandat du président et des vice-présidents sera désormais limité à douze mois. Ce système remplace celui qui était en place depuis 2014.

Mardi, les députés ont voté pour choisir un nouveau chef. Ils ont élu Al-Salhin Abdelnabi al-Obeidi. La séance était dirigée par le deuxième vice-président, Mesbah Douma, et plus de cent parlementaires étaient présents. Le porte-parole de la Chambre a annoncé le résultat sur le réseau social X.

Le nouveau président vient de Tobrouk, dans le nord-est du pays. Il appartient à la même tribu qu’Aguila Saleh. Il préside la commission d’amitié entre la Libye et la Turquie au sein du Parlement. Il est titulaire d’un master en génie civil. Tarek al-Ashtar devient premier vice-président et Mesbah Douma devient deuxième vice-président.

Selon certains médias, Aguila Saleh conteste ce vote et le juge illégal.

Du côté des députés, le ton est très dur. Un élu, Jebreel Oheida, a expliqué à l’agence Reuters que le mécontentement montait depuis longtemps. Il reproche à l’ancienne direction d’avoir pris des décisions sans consulter les députés. Selon lui, les tentatives de dialogue sont restées sans effet.

La nouvelle règle mérite d’être expliquée. Jusqu’ici, le président de la Chambre restait en place sans limite de durée. Désormais, la direction devra être renouvelée chaque année. Pour les députés, c’est une façon de partager le pouvoir et d’éviter qu’une seule personne ne s’installe pour longtemps.

Un homme fort devenu fragile

Pendant des années, Aguila Saleh a été une figure incontournable de l’Est libyen. Il était un allié fidèle du maréchal Khalifa Haftar, qui contrôle l’Est et une grande partie du Sud. Il jouait aussi un rôle central dans les efforts diplomatiques pour résoudre le conflit.

Aguila Saleh incarnait la Chambre des représentants depuis sa création en 2014. Il était depuis longtemps une personnalité incontournable de l’Est. Son départ marque donc la fin d’une époque.

Lire aussi : Libye : nouvelle médiation onusienne à Genève

Mais sa position s’était affaiblie ces derniers mois. Les fils du maréchal Haftar ont renforcé leur place dans l’Est, en particulier Saddam Haftar, présenté comme l’héritier désigné.

Pour l’analyste Emadeddin Badi, cette destitution pourrait traduire une volonté de concentrer davantage les décisions autour du clan Haftar. D’autres experts parlent d’une possible recomposition des équilibres politiques dans l’Est.

Il faut rester prudent. Le nouveau président vient de la même tribu que l’ancien. Cela peut vouloir dire que l’équilibre local n’est pas bouleversé. Mais la nouvelle règle des douze mois change tout de même la façon de diriger l’institution. Un président qui sait qu’il partira dans un an n’a pas le même poids qu’un homme resté douze ans au sommet.

Ce que cela change pour une Libye divisée

Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye n’a jamais retrouvé son unité. Depuis 2014, le pays est partagé entre deux camps rivaux. À l’Ouest, à Tripoli, siège le gouvernement d’unité nationale d’Abdulhamid Dbeibah, reconnu par la communauté internationale. À l’Est, une autre administration s’appuie sur le maréchal Haftar.

La Chambre des représentants est l’un des principaux appuis de ce camp de l’Est. Elle a été élue en 2014 et siège à l’Est. Elle cohabite avec le Conseil supérieur de l’État, né d’un accord politique de 2015, qui siège à Tripoli. Ces deux institutions doivent normalement travailler ensemble. Dans les faits, elles se font souvent face.

Le blocage dure depuis longtemps. Les élections qui devaient réunir le pays n’ont jamais eu lieu. Après leur report, la Chambre des représentants a déclaré terminé le mandat du Premier ministre Dbeibah et a désigné un autre chef de gouvernement. Depuis, la Libye vit avec deux administrations qui se contestent l’une l’autre.

C’est pour cela que le changement de président compte. Aguila Saleh était l’un des interlocuteurs que les diplomates étrangers connaissaient le mieux. Ses successeurs devront refaire ce travail de confiance, et ils auront très peu de temps pour le faire s’ils ne restent qu’un an.

La Libye est aussi un important producteur de pétrole et de gaz. Chaque crise politique à Tripoli ou à Benghazi peut donc avoir des effets sur la production et sur les marchés. Les voisins du pays, en Afrique du Nord et au Sahel, suivent ces évolutions de près.

Pour l’instant, une question reste ouverte. Cette éviction va-t-elle rapprocher les deux camps, ou au contraire renforcer le clan Haftar dans l’Est ? Les prochaines semaines donneront des indices. Le sort d’Aguila Saleh, qui conteste sa chute, sera lui aussi à surveiller.

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