L’armée éthiopienne accuse l’Égypte d’aider les groupes armés qui la combattent dans le nord du pays. Le Caire rejette ces accusations, et la crise a déjà tourné à l’expulsion de diplomates.
Une accusation lancée par le chef de l’armée
Les combats ont repris dans le nord de l’Éthiopie il y a une dizaine de jours. Ils opposent l’armée fédérale à une alliance de groupes armés, dont le Front de libération du peuple du Tigré. Les affrontements touchent le Tigré, l’Amhara et l’Afar. L’ONU met en garde contre le risque d’une nouvelle guerre.
Le 27 septembre, le chef d’état-major, le maréchal Birhanu Jula, a désigné des soutiens extérieurs. Selon lui, les forces rebelles ne pourraient pas tenir sans l’aide de pays voisins. Il a cité l’Égypte, le Soudan et l’Érythrée. Aucune preuve publique n’a été avancée jusqu’ici.
L’armée soudanaise a rejeté cette accusation. L’Érythrée et le Soudan ont aussi nié tout appui aux rebelles.
La réponse de l’Égypte et l’escalade
Le Caire a réagi le mardi 29 septembre. Le ministère égyptien des Affaires étrangères a affirmé que son pays respecte la souveraineté et l’unité des autres États. Il a dit ne pas intervenir dans leurs affaires intérieures. Son porte-parole, Nader Zaki, a ajouté que toute remise en cause de ces principes n’avait aucun fondement. Fait notable, il n’a pas cité l’Éthiopie dans sa déclaration.
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La tension est montée d’un cran quelques jours plus tard. Le 1er octobre, l’Éthiopie a déclaré un diplomate égyptien persona non grata. Il devait quitter le pays sous 48 heures. Le lendemain, l’Égypte a répliqué de la même manière. Elle a ordonné à un conseiller de l’ambassade d’Éthiopie au Caire de partir dans le même délai.
Le Caire juge la décision éthiopienne injustifiée. Sa réponse repose sur un principe simple, la réciprocité. Quand un pays expulse un diplomate, l’autre fait de même.
L’Éthiopie a aussi rompu avec l’Érythrée. Elle a fermé son ambassade à Asmara et fait partir dix diplomates érythréens. Asmara a annoncé à son tour la rupture de ses relations.
Face à cette série de coups, la Commission de l’Union africaine a lancé un appel à la retenue le 1er octobre. Elle demande à l’Égypte, à l’Éthiopie et à l’Érythrée d’éviter toute parole ou tout geste qui aggraverait la situation.
Le Nil et la mer Rouge, au cœur du bras de fer
Pour comprendre cette crise, il faut regarder plus loin que les combats. Depuis des années, l’Égypte et l’Éthiopie s’opposent au sujet du Nil. L’Éthiopie a construit le Grand barrage de la Renaissance, inauguré en septembre 2025. L’Égypte dépend presque entièrement du Nil pour son eau. Elle réclame donc un accord qui l’engage juridiquement sur la gestion du barrage. Addis-Abeba répond qu’elle a le droit d’utiliser ses ressources pour produire de l’électricité et se développer.

Un deuxième dossier pèse sur les relations, celui de la mer Rouge. L’Éthiopie n’a plus de côte depuis l’indépendance de l’Érythrée, en 1993. Son Premier ministre, Abiy Ahmed, réclame un accès à la mer. L’Éthiopie a même signé un accord avec le Somaliland. Cela a irrité la Somalie, qui s’est rapprochée de l’Égypte. Les deux pays ont signé un pacte de défense en 2024.
Dans ce jeu d’alliances, Addis-Abeba voit l’Égypte comme un adversaire. Elle l’accuse de vouloir l’affaiblir dans la Corne de l’Afrique. Le Caire, lui, est proche de Khartoum et d’Asmara. Des combattants tigréens réfugiés au Soudan auraient en outre combattu aux côtés de l’armée soudanaise. Ces liens nourrissent les soupçons éthiopiens, même si rien n’a été prouvé.
Ce n’est pas la première fois qu’Addis-Abeba hausse le ton. En décembre 2025, le ministère éthiopien des Affaires étrangères accusait déjà l’Égypte de mener une campagne dans la Corne de l’Afrique pour déstabiliser l’Éthiopie. Il lui reprochait de vouloir favoriser des États faibles et dociles, au service de ses propres intérêts. Le Caire, de son côté, avait porté ses accusations sur le barrage devant l’ONU en septembre 2025, ce que l’Éthiopie avait jugé infondé. Les deux capitales se renvoient donc les reproches depuis longtemps. La crise actuelle ne vient pas de nulle part.
Il faut donc rester prudent. Une accusation n’est pas une preuve. Et les démentis ne mettent pas fin au doute. Ce qui est certain, c’est que la confiance entre les capitales est au plus bas.
La suite dépendra de la capacité des deux pays à maintenir le dialogue. Si les canaux diplomatiques se ferment, la guerre du nord de l’Éthiopie pourrait s’étendre bien au-delà de ses frontières. La Corne de l’Afrique, déjà fragile, n’a pas besoin d’un nouveau front.


