Une paire de lunettes égarée. Cinq jours de garde à vue pour quatre professionnels de la presse. Voilà comment une simple cérémonie officielle à Yaoundé s’est transformée en affaire nationale.
Une arrestation surprenante au Palais des Congrès
Tout commence le 16 septembre 2026. Ce jour là, une cérémonie se tient au Palais des Congrès de Yaoundé. Elle marque la clôture des journées du Groupe de la Banque islamique de développement.
Quatre journalistes sont sur place pour couvrir l’événement. Il s’agit de Solange Djuikam, François Essomba, Igor Gwet Bibey et Pierre Mouchili. Ils travaillent pour différents titres de la presse écrite et en ligne.
À la fin de la cérémonie, des policiers du commissariat du 10e arrondissement les interpellent. Le motif surprend tout le monde. Le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, aurait perdu ses lunettes de vue pendant l’événement. Les quatre journalistes sont soupçonnés de les avoir volées.
Ils sont conduits au commissariat. Puis ils sont placés en garde à vue. Personne, à ce stade, n’imagine que cette histoire va durer plusieurs jours.
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Les lunettes retrouvées, mais la détention se poursuit
Dès le lendemain, jeudi 17 septembre, un premier rebondissement survient. Les lunettes du ministre sont retrouvées. Elles se trouvaient tout simplement dans son propre véhicule.
Le motif initial de l’arrestation s’effondre alors totalement. Aucun vol n’a eu lieu. Pourtant, les journalistes ne sont pas relâchés pour autant.
Le procureur de la République décide de prolonger l’enquête. Un nouveau motif apparaît dans le dossier. Les enquêteurs évoquent désormais une possible intrusion non autorisée dans une réunion à huis clos. Les quatre professionnels retournent au commissariat pour de nouvelles vérifications.
Les journées passent. Samedi, puis dimanche, ils restent toujours détenus. Au total, leur garde à vue dure cinq jours. Pendant ce temps, aucune charge concrète n’est retenue contre eux.
Les organisations professionnelles réagissent rapidement. Le Syndicat national des professionnels de l’information et de la communication dénonce une détention arbitraire et abusive. Le Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale évoque de son côté des violences au moment de l’interpellation. Ces organisations réclament la libération immédiate des journalistes.

La liberté après cinq jours d’épreuve
Ce n’est que le lundi 21 septembre que les quatre journalistes retrouvent enfin leur liberté. L’affaire des lunettes se referme ainsi sans qu’aucune charge n’ait pu être établie contre eux.
Une fois libres, ils témoignent de leur expérience. François Essomba explique avoir répété aux enquêteurs qu’il ne savait rien de cette affaire. Il raconte avoir été incarcéré sans même être entendu au préalable.
Les autres journalistes livrent des témoignages similaires. Tous décrivent des conditions de détention difficiles. Ils disent être sortis de cette épreuve profondément marqués, malgré leur innocence désormais établie.
Cette affaire soulève de nombreuses questions sur les conditions d’exercice du métier de journaliste au Cameroun. Elle rappelle aussi la fragilité de la présomption d’innocence face à des accusations qui peuvent s’effondrer en quelques heures, sans que cela n’accélère forcément la remise en liberté des personnes concernées.
Les organisations de défense de la presse continuent de suivre ce dossier de près. Elles appellent les autorités à garantir un traitement respectueux des professionnels de l’information, ainsi que le respect des libertés fondamentales dans l’exercice de leur métier au quotidien.


