Trois journalistes burkinabè, arrêtés la semaine dernière pour avoir prononcé ou relayé des propos critiquant le régime en place, ont réapparu dans une vidéo, réquisitionnés au front pour « couvrir la réalité » de la lutte antijihadiste.
Les enrôlements forcés sont autorisés par un décret de mobilisation publié en 2023. Sur le terrain, plusieurs détracteurs en font les frais.
Le 24 mars, le président de l’Association des journalistes du Burkina (AJB) Guézouma Sanogo et son vice-président Boukari Ouoba avaient été arrêtés à Ouagadougou et emmenés vers une destination inconnue.
Quelques jours plus tôt, ils avaient dénoncé publiquement la multiplication des « atteintes à la liberté d’expression et de presse », qui ont selon eux « atteint un niveau jamais égalé ».
Un troisième journaliste, Luc Pagbelguem, avait été emmené le 26 mars pour avoir fait un reportage sur ces propos. Il avait par ailleurs été suspendu deux semaines par le Conseil supérieur de la communication.
Les trois hommes sont réapparus dans une vidéo, largement partagée depuis mercredi soir notamment par des comptes soutenant le pouvoir d’Ibrahim Traoré.
Ils semblent être à l’intérieur d’une caserne militaire, en zone rurale, le crâne rasé et vêtus de treillis, répondant à des questions d’un militaire et vantant la nécessité de « couvrir la réalité sur le terrain ».
« On est arrivé ici dans des circonstances particulières, mais nous apprécions cette occasion qu’on a de pouvoir rendre compte de la réalité », assure Boukari Ouoba, aux côtés des deux autres journalistes.
« Étant à Ouagadougou, ce qu’on peut faire ce sont des commentaires, des opinions qu’on donne », poursuit-il, estimant que « la vraie information est sur le terrain: il faut venir toucher du doigt la réalité des populations pour pouvoir en rendre compte ».
« Forcer des journalistes à relayer une propagande d’État sous la contrainte est une violation inacceptable de la liberté de la presse, qui témoigne d’un régime incapable de tolérer la critique », a réagi auprès de l’AFP Reporters sans Frontières (RSF).
« RSF condamne fermement l’enrôlement forcé des journalistes et exige leur libération immédiate », a-t-elle ajouté, rappelant que « six journalistes » ont ainsi été « réquisitionnés dans l’armée en moins d’un an », d’après son décompte.
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