Pendant près de deux semaines, les habitants de Niamey ont passé des heures devant les stations-service pour trouver de l’essence. Le carburant revient peu à peu, mais cette crise montre les fragilités d’un pays pourtant producteur de pétrole.
Une capitale qui découvre la pénurie
Jusque-là relativement épargnée, la capitale nigérienne a été touchée à son tour le week-end des 17 et 18 octobre 2026. D’autres villes du pays connaissaient déjà des difficultés. Le dimanche 18 octobre, de longues files de voitures et de motos s’étiraient devant les rares stations encore approvisionnées.
Des gérants affirmaient que leurs cuves étaient vides depuis quatre jours, selon des témoignages recueillis par l’AFP. Le ministère du Commerce avait pourtant publié une liste des stations qui disposaient encore de carburant. Ces points de vente ont été pris d’assaut en quelques heures. Dans une ville d’environ deux millions d’habitants, les chauffeurs de taxi, les motocyclistes et tous ceux qui dépendent de leur véhicule pour travailler ont été les premiers touchés.
Comme souvent en période de tension, les rumeurs se sont mises à circuler. Une vidéo diffusée sur TikTok prétendait montrer plus de 500 camions-citernes en route vers Niamey. Selon une vérification publiée par Le Sahel, cette vidéo est trompeuse et sortie de son contexte. Le ministre du Pétrole, Amadou Tini, a de son côté tenté de rassurer la population le lundi 19 octobre.
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Pourquoi un pays pétrolier manque d’essence
C’est la question que beaucoup de Nigériens se posent. Le Niger produit du pétrole depuis 2011. Mais le pétrole brut et l’essence ne sont pas la même chose. Le brut doit d’abord passer par une raffinerie, qui le transforme en plusieurs produits.
La raffinerie de Zinder, la principale du pays, a une capacité de 20 000 barils par jour. Ce chiffre reste théorique. Le ministère de l’Énergie rappelle que la capacité installée ne garantit pas une production disponible chaque jour. Il précise aussi que les rendements sont de 55 % pour le gasoil, de 26 % pour l’essence et de 5 % pour le gaz de cuisine. En clair, l’usine produit surtout du gasoil, alors que le pays a besoin de beaucoup d’essence.

Les chiffres officiels montrent l’ampleur du manque. Sur les huit premiers mois de 2026, le déficit en essence super a atteint 196,62 millions de litres. C’est déjà plus que les 159,74 millions de litres qui manquaient sur toute l’année 2025. Pour le gasoil, le déficit est de 52,60 millions de litres.
Un second facteur pèse lourd. Pendant des années, une grande partie du carburant vendu au Niger arrivait en contrebande depuis le Nigeria voisin. Dans certaines zones, ce carburant pouvait représenter jusqu’à la moitié du marché, selon une analyse relayée par Sahel Intelligence. Or le Nigeria a supprimé ses subventions sur l’essence. Le produit y coûte plus cher, la fraude rapporte moins et les flux se sont taris. Cet épisode rappelle qu’un marché peut dépendre, sans que l’on s’en rende compte, du prix pratiqué chez le voisin.
Les solutions déjà engagées et celles qui restent à construire
Le 12 octobre, le gouvernement a interdit l’exportation d’essence super et de gasoil pour garder le produit sur le marché national. Des exceptions restent possibles avec une autorisation spéciale. Depuis le 19 octobre, les stations doivent aussi suspendre leurs ventes au public de 21 heures à 6 heures du matin, sauf autorisation officielle. Cette mesure doit faciliter les livraisons de nuit, notamment celles de la Sonidep, la société nationale des produits pétroliers.
Selon le site Mondafrique, un comité de crise réuni le dimanche 18 octobre a retenu des solutions d’urgence. Il s’agit d’acheter de l’essence super au Nigeria, de vider les dernières cuves de la Sonidep à la raffinerie de Zinder, puis d’attendre 30 millions de litres venus d’Algérie. Le même site indique que le Conseil des ministres du 9 octobre a maintenu les prix à 499 francs CFA le litre pour l’essence et 618 francs CFA pour le gasoil. Le général Abdourahamane Tiani a lui aussi écarté, pour l’instant, toute hausse à la pompe. La nouvelle directrice générale de la Sonidep, Fatimata Marafa Salifou, a de son côté réuni les acteurs du secteur le 16 octobre.
Ces mesures semblent produire des effets. Le vendredi 23 octobre, l’Agence nigérienne de presse a constaté un retour à la normale dans plusieurs stations de Niamey. Un gérant explique que les stations sont désormais ravitaillées pendant la nuit et que les clients sont servis sans difficulté. Il reconnaît que certaines voitures étaient restées deux à trois jours sans essence.
Reste le plus difficile, la solution durable. Les autorités n’ont pas annoncé de date pour un retour complet à la normale. Tout dépendra des importations, du bon fonctionnement de la raffinerie de Zinder et de la distribution dans le pays. Bloquer les prix protège le pouvoir d’achat, mais cela ne règle pas le manque de produit.
On peut tirer une leçon simple de cet épisode. Un pays ne se met pas à l’abri d’une pénurie en produisant du brut. Il y arrive en produisant les bons carburants en quantité suffisante, en gardant des stocks de réserve et en ne comptant pas sur une seule source d’approvisionnement. En attendant, mieux vaut s’en tenir aux informations officielles et se méfier des vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux.


