Samuel Eto’o est visé par une nouvelle plainte pour détournement présumé de fonds publics. Le président de la Fécafoot conteste toute malversation, et le dossier est désormais entre les mains de la justice camerounaise.
Une plainte déposée devant le Tribunal criminel spécial
L’Association des clubs amateurs du Cameroun, connue sous le sigle ACFAC, vient de déposer une plainte. Elle a été enregistrée par le Tribunal criminel spécial de Yaoundé, la juridiction chargée des affaires de détournement de fonds publics.
Les faits visés concernent quatre matchs amicaux des Lions indomptables. Il s’agit des rencontres contre l’Ouzbékistan et la Corée du Sud en septembre 2022, puis contre le Mexique en juin 2023 et contre la Russie, à Moscou, en octobre 2023.
Ces matchs amicaux comptent beaucoup pour une fédération. Les organisateurs versent souvent des sommes importantes pour accueillir une équipe nationale. Ces recettes sont donc suivies de près, car elles peuvent servir à financer le football du pays.
L’ACFAC avance une idée nouvelle dans ce dossier, celle du « double emploi ». Selon l’association, certaines dépenses auraient d’abord été prises en charge par l’État, à la demande de la Fécafoot. Elles auraient ensuite été payées une deuxième fois par les organisateurs des matchs.
L’idée est simple à comprendre. Une même dépense serait réglée deux fois, par deux payeurs différents. Pour les plaignants, ce double financement pourrait constituer un détournement de deniers publics.
Lire aussi : CAF : Samuel Eto’o parmi les possibles successeurs de Patrice Motsepe
À ce stade, il s’agit d’accusations. Aucune décision de justice n’a été rendue et rien n’a été établi.
Un dossier qui s’alourdit depuis plusieurs mois
Cette plainte n’arrive pas seule. Dès mars 2025, des présidents de clubs avaient saisi le même tribunal au sujet d’une subvention de 910 millions de FCFA qui n’aurait pas été reversée aux clubs.
En juin 2025, un membre du comité exécutif de la Fécafoot, Guibai Gatama, avait aussi déposé plainte devant la commission d’éthique de la fédération. Il visait un virement de 455 000 euros lié au match contre la Russie, versé sur un compte personnel de Samuel Eto’o.
À l’époque, la Fécafoot avait répondu que ces décisions avaient été prises avec les adjoints du président lors de comités d’urgence. Une source interne avait aussi indiqué que l’argent se trouvait désormais sur le compte de la fédération.
Le dossier a pris une autre dimension en septembre 2026. Une enquête du quotidien britannique The Times, publiée le 10 septembre, évoque deux virements, l’un de 455 056 euros et l’autre de 112 514 euros. Cela fait un total de 567 570 euros, soit environ 372 millions de FCFA.
Selon les documents cités par plusieurs médias, cet argent aurait été versé sur un compte ouvert à la Qatar National Bank, à Doha, au nom de Samuel Eto’o. Il n’aurait pas été versé directement sur celui de la Fécafoot.
Ce que dit Samuel Eto’o, et ce qu’il reste à vérifier
Le jour de la publication de l’enquête du Times, Samuel Eto’o a dénoncé sur Facebook une « offensive coordonnée » contre lui. Il affirme que les opérations contestées ont été autorisées par les instances compétentes de la fédération.

Le 15 octobre 2026, il a de nouveau réagi sur Facebook, cette fois à un article de Radio France Internationale consacré à la nouvelle plainte. Il a vivement critiqué le média. Ses proches parlent d’un « acharnement » et le relient à ses prises de position en faveur des intérêts du football africain.
Pour bien lire cette affaire, il faut garder trois choses en tête.
D’abord, une plainte n’est pas une condamnation. Elle ouvre la voie à une enquête, et c’est à la justice de dire s’il y a eu infraction ou non. Samuel Eto’o bénéficie de la présomption d’innocence, comme toute personne visée.
Ensuite, le point central n’est pas seulement le montant. C’est le chemin de l’argent. Dans la plupart des fédérations sportives, les recettes liées à l’équipe nationale doivent arriver sur le compte de l’organisation, pas sur celui d’une personne. Cette règle protège à la fois le dirigeant et l’institution, parce qu’elle permet de suivre chaque franc.
Enfin, les premiers concernés sont les clubs et les joueurs. Quand la confiance dans la gestion s’effrite, c’est tout le football camerounais qui en paie le prix, des clubs amateurs jusqu’aux sponsors. Une enquête claire, quelle que soit son issue, peut aider à rétablir cette confiance.
Les prochaines semaines diront si la justice ouvre une enquête sur ces quatre matchs. D’ici là, les accusations restent des allégations, et Samuel Eto’o continue de les rejeter.


